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ARTS
Le cinéma africain souffre toujours des problèmes de marché
Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 7 mars (IPS) - Le long métrage, «Pégase» du réalisateur marocain Mohamed Mouftakir, remporte l’Etalon d’or de Yennenga de la 22ème édition du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (FESPACO), en proie aux difficultés d’accès au marché pour les films du continent.

Le film «Pégase» raconte une histoire de viol et d'inceste dans une campagne marocaine. Rihanna, une jeune fille d'une vingtaine d'années, est manipulée par son père qui lui fait croire qu'elle est enceinte d'un démon. C'est un voyage psychanalytique : à la fin du film, la fille accouche d'une fillette qu'elle dépose dans un centre psychiatrique. Son père est mort dans l'incendie de la maison qu'elle a provoqué.

«Je suis très ému, c’est un grand effort. Ce film s’inscrit dans un processus que connaît le cinéma marocain actuellement et qui constitue un décollage. Je continue à faire du cinéma et j’espère que ce prix va me permettre de faire mieux», s’est réjouit Mouftakir après son sacre, le 5 mars à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

«Les critères sont... l’esprit d’innovation technique et artistique de l’œuvre du technicien, de l’acteur... le mérite de l’auteur dans son œuvre de modelage de la conscience universelle», justifie le président du jury long métrage, Cham Mbaye.

«On a aussi beaucoup apprécié la thématique du film qui traite d’un sujet qu’on ne voit pas très souvent traité dans la cinématographie africaine, c'est-à-dire la maladie mentale. Le sujet a été aussi traité d’une manière différente des normes européennes», ajoute Mbaye à IPS.

Mbaye admet cependant que le film, qui est un voyage psychanalytique, sera difficile à comprendre pour le public en raison de sa complexité.

Au total 18 films étaient en compétition pour l’Etalon d’or de Yennenga. Une centaine de films ont été sélectionnés pour les différentes catégories sur près de 500 films produits, selon les organisateurs du FESPACO.

«Je suis satisfait... car nous avions une très grande diversité de films; le jury a bien fait le choix», explique Elikia M’bokolo, historien et journaliste, parrain de cette 22ème édition.

«Je suis très content que ce soit Pégase d’un réalisateur marocain qui obtient l’Etalon d’or de Yennenga; ça nous rappelle que l’Afrique va du Maroc à Madagascar et que l’Afrique du nord, qui connaît des problèmes aujourd’hui, n’est pas seulement une terre de problèmes, mais aussi une terre où les artistes créent et produisent des films qui représentent l’Afrique», déclare Mbokolo à IPS.

Le thème de cette édition du FESPACO était «Cinéma et marchés» afin de susciter une réflexion sur l’accès et la présence des films africains sur le marché international.

Selon le FESPACO, la part des films africains dans la manne financière, générée par le cinéma mondial, ne représente que trois pour cent, alors que celle des films américains avoisine 70 pour cent.

«Le problème du cinéma africain, c’est la distribution, nos œuvres ne sont pas achetées, ne sont pas vues, donc on est obligé tout le temps de demander de l’argent parce que quand on n’a pas de distribution, il n’y a pas de recettes, donc pas d’argent pour constituer des fonds de production», explique Idrissa Ouédraogo, lauréat de l’Etalon de Yennenga avec son film 'Tilai'» en 1991.

Ouédraogo propose la création de chaînes de production, mais il suggère notamment de «retrouver le public chez lui-même dans son quartier grâce à l’introduction des nouvelles technologies comme les DVD».

Balufu Bakuba Kayinda, cinéaste de la République démocratique du Congo, estime que chaque pays doit organiser son cinéma avant d’arriver à la «maison commune» qui est le cinéma africain.

«Il faut que nos Etats comprennent que le cinéma est le seul moyen, le médium le plus important pour transmettre la mémoire collective, et sans mémoire collective, pas de peuple», affirme-t-il à IPS. Prenant l’exemple de son pays, Balufu souligne qu’il n’existe «aucun cadre pouvant porter la politique de l’image du pays, même s’il y a des cinéastes congolais à travers le monde».

«Ne faudrait-il pas mettre en action la billetterie au niveau de l’exploitation car qui dit marché amène à prendre en compte cette dimension non négligeable du film qui est un art et une industrie, et qui a besoin des retombées économiques et des recettes pour sauver les salles», estime Clément Tapsoba, critique de cinéma au Burkina.

Tapsoba préconise également la formation des acteurs pour favoriser l’utilisation de l’Internet et des nouvelles technologies afin de rendre les films africains plus disponibles dans le monde entier.

«Un homme qui crie» du Tchadien Haroun Mahamat Saleh, qui avait reçu le Prix du jury à Cannes (France) en 2010, a obtenu le 2ème prix du FESPACO. Et «Le mec idéal», de l’Ivoirien Owell Brown, est récompensé par l’Etalon de bronze.

Pour sa part, le comédien béninois, Sylvestre Amoussou, a reçu le Prix d’interprétation masculine pour son rôle dans le long métrage «Un pas en avant, les dessous de la corruption» dont il est également le réalisateur.

Créé en 1969, le FESPACO se tient tous les deux ans et a pour objectif d’encourager la production cinématographique africaine. Le Maroc a déjà remporté l’Etalon de Yennenga en 1973 avec «Les Milles et une mains» de Souheil Ben Barka, et en 2001 avec «Ali Zaoua» de Nabil Ayouch. (FIN/2011)

 

 

 

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