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SOMALIE
Des questions abondent sur la lutte de l’UE contre la piraterie
Julio Godoy

BERLIN, 21 juin (IPS) - La justice allemande moderne n'avait jamais traité un cas de piraterie avant le 11 juin, lorsque 10 marins somaliens, y compris des enfants, ont comparu devant un tribunal du port de la ville de Hambourg, à quelque 300 km à l'ouest de Berlin; ils étaient accusés de voler une cargaison dans l'océan Indien.

Les accusés sont les premiers Somaliens à être poursuivis en justice en Allemagne dans le cadre de l'opération Atalanta, la mission de surveillance militaire de l'Union européenne dans l'Océan Indien officiellement créée "pour aider à dissuader, prévenir et réprimer des actes de piraterie et de vols à main armée au large de la côte somalienne".

Selon le bureau du procureur de Hambourg, les marins somaliens ont attaqué le 5 avril le navire porte-conteneurs allemand Taipan. La cargaison a été libérée le même jour par des soldats néerlandais en service dans l'opération Atalanta.

L'UE (Union européenne) affirme que les objectifs de l'opération sont "la protection des navires du Programme alimentaire mondial qui acheminent l'aide alimentaire aux personnes déplacées en Somalie, des navires vulnérables naviguant au large de la côte de la Somalie, ainsi que la dissuasion, la prévention et la répression des actes de piraterie et de vols à main armée au large de la côte somalienne".

A cet effet, depuis décembre 2008, des navires de guerre de l'Union européenne, des avions et plusieurs centaines de soldats patrouillent dans l'Océan Indien pour chasser ce que l'UE appelle les "pirates somaliens".

Toutefois, les détracteurs de l'opération pensent que sa mission secrète est de protéger les navires européens accusés par les marins somaliens et les organisations internationales d'une autre forme de piraterie: la pêche illégale et le déversement de déchets toxiques, y compris du matériel radioactif dans les eaux somaliennes.

Un exemple pour montrer que l'UE protège des navires qui pêchent illégalement dans les eaux de la Corne de l'Afrique est le dossier du bateau espagnol de pêche au thon appelé Alakrana. En octobre 2009, des pirates somaliens ont saisi le bateau, affirmant qu'il était en train de pêcher illégalement dans les eaux somaliennes.

Presque deux mois plus tard, les pirates somaliens ont libéré le bateau contre une rançon de quatre millions de dollars environ après l’échec de plusieurs tentatives de l'armée espagnole pour libérer l’Alakrana.

Les allégations des Somaliens selon lesquelles l’Alakrana était en train de pêcher illégalement dans l'Océan Indien n'ont jamais fait l’objet d’une enquête. Pour Jack Thurston, un activiste basé à Londres qui fait le suivi des subventions de l'UE pour les entreprises européennes, "il est presque certain que l'Alakrana était en train de pêcher les espèces qui sont sur la liste des espèces menacées ou qui n’en sont pas loin".

Thurston, fondateur et directeur général de Fishsubsidy.org, un organisme de surveillance qui fait des recherches sur les subventions de l'UE à la pêche, a déclaré à IPS que "la construction de l’Alakrana a été en partie financée par les contribuables de l'UE à hauteur de plus de 4,2 millions d’euros".

Les allégations selon lesquelles les sociétés européennes pêchent illégalement et déversent des déchets toxiques dans les eaux somaliennes ont été souvent faites depuis qu’un tsunami, en décembre 2004, a fait échouer des conteneurs pleins de déchets médicaux, radioactifs et chimiques sur la côte de la Somalie.

Cette découverte fortuite a été confirmée plus tard par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). "Les rapports au départ indiquent que les vagues du tsunami ont brisé l’ouverture des conteneurs remplis de déchets toxiques et ont fait disperser le contenu. Nous parlons de tout, depuis les déchets médicaux aux déchets chimiques", avait déclaré à l'époque, Nick Nuttal, porte-parole du PNUE.

"Nous savons que ce matériel est sur le sol, et qu’il est dispersé dans les environs par le vent, ou peut-être encore déplacé dans les villages".

Les preuves recueillies par le parti européen pour l’environnement et les organisations environnementales montrent que les compagnies suisses et italiennes ont déversé des déchets toxiques dans l'Océan Indien.

Le représentant spécial de l'ONU pour la Somalie, Ahmedou Ould-Abdallah, a également soulevé à maintes reprises la question de la pêche illégale et le déversement de déchets toxiques dans les eaux somaliennes. Au cours d'une conférence de l'ONU en juillet 2008, il a déclaré à la presse que "parce qu'il n'y a pas de gouvernement (effectif en Somalie), il y a tellement de cas de pêche irrégulière pratiquée par les pays européens et asiatiques".

Ould-Abdallah a également dénoncé la pêche illégale dans les eaux somaliennes devant les autorités de l'UE. Au cours d'une réunion en 2009 avec le haut commandement de la mission de l'Union européenne Atalanta à Mombassa au Kenya, Ould-Abdallah a déclaré: "il est évident que l'Asie et l'Europe pratiquent la pêche illégale".

C’est tout à fait évident. Des bateaux européens, pratiquement partout dans le monde, ont été pris alors qu’ils pêchaient illégalement, comme le prouvent les poursuites judiciaires au Canada, en Norvège, aux États-Unis et ailleurs. En outre, à cause de l'épuisement des poissons dans les eaux européennes, les navires européens sont obligés d'aller pêcher plus loin - depuis les eaux de l'Afrique occidentale, les îles Canaries dans le nord, aux eaux de l’Angola dans le sud, ou dans l'Océan Indien.

Les eaux au large de la côte de la Somalie sont encore riches de plusieurs variétés de thon – toutes vendues cher sur les marchés internationaux. Un rapport de 2005 du groupe d'évaluation des ressources marines (MRAG) a estimé que l'économie somalienne perd quelque 90 millions de dollars par an en raison de la pêche illégale. Selon les estimations du PNUE, ce chiffre est aussi élevé que 300 millions de dollars par an.

Ces statistiques ont amené l’amiral allemand à la retraite Lutz Feldt à exhorter les autorités de l'UE à étendre la mission de l'opération Atalanta à la lutte contre la pêche illégale. "Pour plusieurs personnes, la pêche illégale est un moyen rapide de gagner de l'argent mais pour la plupart des gens en Somalie, elle représente une lourde perte", a déclaré Feldt à la nouvelle émission de télévision allemande Fakt.

Feldt a rappelé que, "selon le droit international la pêche illégale est un crime et doit être traitée comme tel".

Même les compagnies de pêche européennes reconnaissent qu'elles exploitent les eaux de l'Océan Indien et qu’elles sont impliquées dans la pêche illégale.

Lors d'une audition de l'opération Atalanta au Parlement européen en avril 2009, des représentants des organisations françaises et espagnoles de propriétaires de navires ont déclaré aux députés qu’il y avait environ 40 navires de pêche de l'UE menant des opérations dans l'Océan Indien pour capturer trois ou quatre espèces de thon.

Jusqu'à présent, aucun cas de pêche illégale dans l'Océan Indien n’a été rapporté comme découlant de l'opération Atalanta, à plus forte raison des cas concernant les navires européens pris en train de pratiquer cette pêche illégale.

"Les navires français et espagnols qui pêchent dans l'Océan Indien sont supposés opérer dans des eaux internationales", a déclaré un porte-parole de la mission à IPS. "S’ils pêchaient illégalement dans la région, il reviendrait aux autorités nationales de leurs pays d'origine de veiller à ce qu'ils cessent de le faire". (FIN/2010)

 

 

 

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