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DROITS–NIGER
Les écoles se vident à cause de la crise alimentaire
Ousseini Issa

NIAMEY, 9 avr (IPS) - Les Nations Unies et leurs partenaires, en collaboration avec le gouvernement nigérien, viennent d’élaborer un plan d’action humanitaire d’urgence d’un montant de 190 millions de dollars pour juguler la grave crise alimentaire qui menace plus de la moitié de la population du Niger.

Selon un communiqué de presse diffusé mercredi par le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations Unies, sur cette somme, «57 millions de dollars ont été promis ou reçus et ce sont donc 133 millions de dollars qui restent à trouver pour répondre à ce double défi alimentaire».

L’insécurité alimentaire, qui affecte quelque 7,8 millions de Nigériens, soit 58,2 pour cent d’une population totale estimée à 15,2 millions d’habitants en 2010 par l’Institut national de la statistique (INS), a été mise en évidence par une évaluation menée rapidement par le gouvernement en décembre 2009.

Elle est la conséquence d’une mauvaise campagne agricole 2009 caractérisée par une insuffisance des pluies, et qui s’est soldée par un déficit céréalier global chiffré à 410.661 tonnes par le Premier ministre de la transition, Mahamadou Danda, à l’occasion d’une réunion de la Commission mixte de concertation Etat – donateurs, tenue le 10 mars à Niamey, la capitale nigérienne.

«Les femmes et les enfants sont les premières victimes de cette crise alimentaire parce que exposés à la malnutrition sous toutes ses formes», déclare à IPS, Amadou Issa, un technicien de la santé à Niamey.

Gambi Halido est une mère de 26 ans de la commune rurale de Daïkaïna, dans l’ouest du pays. Elle portait au dos un nourrisson de huit mois, qui pleurait parce que tenaillé par la faim. IPS l’a rencontrée devant le magasin de l’Office des produits vivriers du Niger (OPVN), en train de tamiser le sable pour collecter des grains tombés des sacs de céréales pendant les opérations de ravitaillement.

«Pour trouver de quoi préparer un peu de bouillie à mon bébé parce que je n’ai pas suffisamment de lait pour l’allaiter convenablement, je suis obligée de venir ici chaque matin ramasser les grains qui s’échappent des sacs quand ceux qui ont de l’argent viennent se ravitailler», explique Halido à IPS, la voix chevrotante. «Mon mari est parti en exode, et jusqu'à présent, il n’a pas encore envoyé de l’argent», ajoute-t-elle.

Pour Salou Hamadou, un habitant de Daïkaïna, l’Etat devait prendre le taureau par les cornes depuis longtemps. «Nous avions faim, mais nous ne pouvions pas l’extérioriser sous le régime Tandja. Les projets qui interviennent sur le terrain connaissaient la situation, mais ne pouvaient pas agir de crainte d’être chassés», confie-t-il à IPS.

«Ces femmes, qui viennent gratter le sol devant le dépôt de l’OPVN pour chercher à manger, seraient menacées si le pouvoir n’avait pas changé de main», dit-il.

Hamadou craint une aggravation de la situation, en l’absence d’une prompte réaction des partenaires au développement pour généraliser la distribution gratuite de vivres.

Selon le communiqué de l’OCHA, cette insécurité alimentaire risque de causer «378.000 cas de malnutrition aiguë et 1,2 million de cas de malnutrition modérée chez les enfants de moins de cinq ans dans les 12 prochains mois, et 35.000 cas chez les femmes enceintes et allaitant si rien n’est entrepris de façon urgente».

«La vulnérabilité sévère des femmes et des enfants n’est pas surprenante. Ces deux franges sont les plus affectées par la pauvreté qui touche 59,7 pour cent de la population», indique à IPS, Salifou Ousmane, un sociologue basé à Niamey.

D’après deux rapports d’enquête intitulés "Etude sur la pauvreté et les disparités chez les enfants au Niger" et "Analyse de la situation de l’enfant et de la femme au Niger" présentés le 30 mars à Niamey, les enfants nigériens sont confrontés à une pauvreté mal perçue, mais qui a un impact dévastateur sur eux.

Selon Moctar Seybou, un des auteurs des rapports commandés par le bureau du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Niamey et le gouvernement, «six enfants nigériens sur 10 sont affectés par cette pauvreté».

"L’Etude sur la pauvreté et les disparités chez les enfants au Niger" analyse le phénomène sous l’angle des privations.

«Les enfants vivant dans la pauvreté sont privés de nutrition, d’eau et d’installation sanitaire, d’accès aux services de santé de base, au logement, à l’éducation, à l’information, à la participation et à la protection...», indique le document qui précise : «neuf enfants sur 10 sont privés au moins d’une de ses dimensions du bien-être... et huit sur 10 au moins de deux droits essentiels».

«Les privations relatives au logement, à l’assainissement et à l’éducation affectent 60 pour cent d’enfants, la santé et l’alimentation 35 pour cent, l’accès à l’eau et à l’information environ 30 pour cent», explique Seybou à IPS.

Selon l’INS, la tranche d’âge des moins de 15 ans représente 51,9 pour cent de la population nigérienne.

Pour Soumaïla Katan, coordonnateur de 'Action en faveur de l’élimination du travail des enfants', une organisation non gouvernementale locale basée à Niamey, "il faut des actions énergiques et massives pour améliorer sensiblement la situation des enfants au Niger".

L’insécurité alimentaire accentue malheureusement les privations, avec des abandons massifs de l’école enregistrés dans certaines localités du pays, selon la ministre de l’Education nationale, Sidibé Fadjimata Maman Dioula.

"On a enregistré un départ de 342 élèves provenant de 14 écoles sur un effectif de 655 élèves (soit 52,36 pour cent) à Takiéta (est du pays); 43 provenant d'une seule école d’un effectif de 232 élèves (18,5 pour cent)", a alerté Dioula, lors du Conseil des ministres du 2 avril, à Niamey. Selon elle, ces abandons sont dus à l’exode des parents fuyant la pénurie alimentaire.

Devant cette situation, le gouvernement, qui a lancé un appel à l’aide en direction de la communauté internationale, a engagé une vaste "opération de vente de céréales à prix modéré", des distributions gratuites ciblées et des activités de "food for work" (travail contre nourriture) et "cash for work" (travail contre argent).

Selon Dr Bounty Diallo, enseignant-chercheur à l’Université de Niamey, ces activités consistent à faire travailler les populations sur des chantiers comme la récupération des terres dégradées, et à les rémunérer avec de la nourriture ou avec de l’argent.

«Nous exhortons la communauté internationale à répondre de manière rapide et à s’assurer que les agences humanitaires aient les ressources financières nécessaires afin de répondre aux besoins urgents du Niger», a déclaré Khardiata Lo N’Diaye, coordinatrice humanitaire de l’ONU pour le Niger. (FIN/2010)

 

 

 

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