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COMMERCE-MALI
Le karité, le carnet d’épargne des femmes du Sahel
Soumaila T. Diarra

BAMAKO, 20 mars (IPS) - Dans les zones sahéliennes d’Afrique de l’ouest où il pousse, le karité constitue une source de revenus pour les femmes. Pourtant, la sécheresse et les maladies végétales menacent cet arbre sauvage dont le beurre est apprécié des industries alimentaires et cosmétiques.

«Le karité constitue 80 pour cent du revenu des femmes rurales. C’est normal puisque ce sont elles qui se lèvent tôt le matin pour collecter les noix de karité. Elles les stockent et les transforment en beurre», a déclaré à IPS, Fatoumata Coulibaly, membre de 'La Maison du karité', un regroupement féminin du village de Siby, dans le sud du Mali. Cette jeune dame s’exprimait en marge du 'Global Shea', un forum international ouvert à la mi-mars à Bamako, la capitale malienne, sur le commerce du karité.

Cet arbre pousse spontanément à l’état sauvage en Afrique de l’ouest. Sa durée de vie avoisine les deux siècles, selon les experts qui estiment qu’il faut attendre 25 ans pour qu’il atteigne sa maturité. Pendant l’hivernage, les femmes rurales ramassent les noix du karité dont la pulpe sucrée renferme une amande. En saison sèche, elles vendent une partie de leurs stocks d’amandes aux firmes internationales et transforment, elles-mêmes, le reste en beurre pour le marché local.

Mais selon le Centre écologique Albert Schweitzer, une organisation non gouvernementale (ONG) suisse, cet arbre est menacé par de nombreux facteurs dont la sécheresse, les maladies végétales et la coupe. Face à ces défis, des initiatives naissent.

«A mon avis, cela n’est pas inquiétant. Au contraire, le nombre de pieds de karité augmente car les gens ont commencé à en planter. Moi-même, j’en ai fait», a indiqué à IPS, Seydou Koné, un technicien de commerce à l’Association malienne des exportateurs des produits agricoles et de cueillette (AMEPROC) dont le siège se trouve à Bamako. L’AMEPROC est une ONG locale qui lutte contre la diminution du nombre de pieds de karité et les maladies qui les affectent. Elle sensibilise les populations rurales afin qu’elles plantent et protègent le karité dans les zones où il est menacé.

Parmi les pays où poussent le karité (environ 16), le Burkina Faso, le Mali, le Bénin, et le Nigeria se partagent la majeure partie de la production mondiale. Mais le Mali occupe une place importante sur ce marché.

«Avec près de 150 millions de pieds de karité, le Mali se classe deuxième producteur mondial après le Burkina Faso en fournissant environ 60.000 tonnes par an», a expliqué à IPS, Kadidiatou Lah, une exportatrice de beurre de karité à Bamako. Elle est la présidente de la Fédération nationale des exportateurs de karité, une ONG qui apprend aux femmes rurales à planter des pieds de karité.

Les producteurs locaux de karité n’ont aucune prise sur le marché international qui est désormais régi par le cours du cacao, une matière première cotée en bourse. «Le prix change très souvent sur le marché international, mais actuellement le kilogramme de l’amande de karité coûte entre 500 et 600 francs CFA (un peu plus d’un dollar US)», a affirmé Koné.

La croissance de la demande du karité en dehors de l’Afrique s’explique en partie par son introduction dans l’industrie alimentaire de certains pays développés. Depuis l’an 2000, une directive européenne est entrée en vigueur pour autoriser les fabricants de chocolat à utiliser 5 pour cent de matière grasse autre que le beurre de cacao dans leurs produits.

Cette norme qui existe également au Japon, aux Etats-Unis et dans des pays de l’Europe de l’est, a ouvert des opportunités pour le karité. «Aujourd’hui, tous les pays des autres continents importent du beurre de karité ou des amandes pour en extraire du beurre», a confirmé Lah.

Les grandes firmes préfèrent s’approvisionner en amande directement dans les villages par l’intermédiaire d’acheteurs locaux qui parcourent les campagnes. Mais, les femmes rurales ne tirent pas un grand profit de ce commerce international par rapport aux intermédiaires.

«Le marché local est différent. Au Mali, le prix actuel d’un kilo d’amandes de karité est 75 FCFA (0,15 dollar)», a indiqué Koné à IPS.

Le beurre produit par les femmes rurales n’est pas aimé par les grandes firmes à cause de son odeur boisée. Pourtant, selon des professionnels du secteur, cette odeur peut être évitée en suivant certaines règles lors de la transformation des amandes en beurre.

Par ailleurs, la méthode d’extraction utilisée par ces femmes n’est pas rentable avec un taux d’extraction de 27 pour cent alors que les techniques industrielles atteignent 40 à 50 pour cent, soulignent les experts.

Cependant, le beurre produit localement connaît des améliorations. En dehors du marché local, il conquiert les grandes surfaces des pays développés grâce au commerce équitable. Ainsi, «Le Centre écologique Albert Schweitzer (CEAS) vend en Suisse des produits cosmétiques (savons et pommades) faits par des femmes burkinabé et maliennes», a expliqué à IPS, Patrick Kohler, responsable de l’information et de la communication du CEAS.

En Afrique de l'ouest, le karité est utilisé dans la cuisine et près de 80 pour cent de la population rurale le consomment. La médecine traditionnelle utilise également son beurre, et son bois est très apprécié pour le chauffage. C’est pour ces nombreuses vertus que l’arbre est protégé depuis des siècles par les populations locales, voire sacralisé dans certaines régions.

«Le karité est traité avec beaucoup d’égards chez nous. C’est pourquoi on organise des cérémonies rituelles pour son passage en maturité», a commenté à IPS, Nayouma Coulibaly, une femme du village de Tioribougou, dans le sud du Mali. (FIN/2010)

 

 

 

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