RD CONGO Des millions de gens accèdent à l'eau potable grâce aux fournisseurs informels Emmanuel Chaco KINSHASA, 12 oct (IPS) - Seulement 22 pour cent de la population de la République démocratique du Congo (RDC) a accès à l’eau potable, alors que la moyenne en Afrique subsaharienne se situe autour de 60 pour cent, affirme un rapport de la Banque mondiale publié en janvier 2009. Il indique également que seul 41,5 pour cent de la population de Kinshasa, la capitale, a accès à cette eau.
Kinshasa compte environ huit millions d’habitants sur les quelque 60 millions qui habitent la RDC, selon les estimations des Nations Unies en 2006.
«Ceci est la conséquence du fait que plusieurs quartiers, plusieurs lieux publics, comme les marchés et les bureaux de l’Etat ainsi que plusieurs écoles, ne sont pas desservis en eau potable soit à cause de l’inexistence des infrastructures de distribution soit à cause du vieillissement des tuyaux et autres matériels de conduite d’eau installés depuis des décennies», explique Serge Ikamba, ancien conseiller chargé des infrastructures et des équipements au ministère de la Santé publique.
Selon Ikamba, qui est ingénieur du génie civil, «c’est suite au défaut de fourniture d’eau par la Régie de distribution d’eau (REGIDESO), l’entreprise de l’Etat qui a le monopole de la production et de la distribution de l’eau, que des millions des Kinois (habitants de Kinshasa), qui fréquentent ou qui les habitent ces lieux, recourent à des distributeurs privés ou même informels».
Bien souvent, il s’agit des milliers d’enfants, dont le nombre exact n’a pu être fourni par les autorités, qui font le déplacement de ces quartiers, ces marchés, ces bureaux et ces écoles, portant sur leurs têtes de grands sacs en plastique contenant chacun 50 petits sachets de 0,5 litre d’eau qu’ils vendent à 50 francs congolais le sachet (environ 0,058 dollar US).
«Zando, le marché central de Kinshasa, compte entre 500 et 800 de ces distributeurs informels d’eau», affirme René Banganga, qui en est le superviseur de ce marché, le plus grand de la capitale et de la RDC. Pour lui, «ce sont ces vendeurs ambulants qui aident toute la population du marché, estimée au minimum à 20.000 personnes, à avoir de l’eau à boire pendant la journée ainsi que de l’eau à utiliser pour les toilettes».
Banganga a indiqué à IPS que «ces fournisseurs informels d’eau ne résorbent malheureusement pas les besoins de la population du marché en eau potable», mettant en garde : «A cause de l’insalubrité qui y règne, rien n’étonnera le jour où des épidémies seront déclarées dans ce vaste marché qui ne dispose que de deux toilettes dans lesquelles il n’y a pas d’eau courante».
«C’est un problème sérieux, surtout pour nous les femmes qui passons toute la journée ici, sans possibilité d’avoir accès à des toilettes propres. Nous sommes des fois obligées d’aller demander service dans des quartiers voisins pour accéder aux toilettes. Mais, il arrive que ces voisins nous demandent de payer entre 100 et 200 FC (environ 0,1 ou 0,2 dollar) pour avoir accès à leurs toilettes», affirme Julie Mbanga, une vendeuse de friperies au marché central.
Dans les services de l’administration où il n’existe pas d’eau courante, «des tuyaux, qui y ont été installés depuis l’époque belge, sont désormais rouillés, troués et n’ont jamais fait l’objet d’entretien. Ils ont fini par être bloqués pour ne pas continuellement créer des inondations dans les locaux», selon Joseph Mangombi Ilonga, directeur général de l’Institut géographique du Congo (IGC), un centre de recherches scientifiques construit en 1949 par les colonisateurs.
«Lorsque les agents de l’IGC ont besoin d’eau à boire ou de l’eau pour accéder aux toilettes, ils recourent aux vendeurs ambulants de sachets d’eau ou aux enfants de rue pour aller puiser à un tuyau relativement éloigné», a indiqué Mangombi Ilonga à IPS.
«Le défaut pour la REGIDESO de fournir de l’eau à une partie de la population de Kinshasa engendre un important manque à gagner financier pour l’Etat en faveur d’un circuit parallèle où l’on trouve des investisseurs privés et même informels», explique Patrice Musoko, coordonnateur de l’Association congolaise des consommateurs des produits vivriers (ACOVI), basée à Kinshasa.
Pour cet activiste, «la population, qui n’a pas accès à l’eau potable, souffre davantage du fait qu’en plus de incapacités de la REGIDESO, il n’existe aucune possibilité pour les opérateurs privés d’investir efficacement dans le domaine de l’eau à cause du fait que la REGIDESO jouit du monopole légal de production et de distribution de l’eau sur toute la RDC».
Selon Musoko, la loi datant de 1939 stipule : «Pour devenir auto-producteur, c'est-à-dire pour exploiter les eaux naturelles pour leur propre usage, les investisseurs doivent obtenir une autorisation du ministère de l’Energie. Et dans le cas où ils voudraient revendre ces eaux, ils doivent solliciter un contrat de concession de service auprès du même ministère».
Jean-Claude Mvwemba, député national et membre de l’opposition politique, reconnaît que «ceci est un véritable problème, surtout que la modification de la loi qui octroie ce monopole ne préoccupe pas encore le parlement».
«Entre-temps, ce manque à gagner pour l’Etat bénéficie aussi directement aux familles dont les enfants sont de petits commerçants ambulants d’eau», affirme Jo Manu, 14 ans, un petit commerçant de sachets d’eau, qui passe toute la journée à circuler dans les pavillons de différents marchés et à travers les services de l’administration où l’eau ne coule pas.
Manu a dit à IPS qu’il «parvient à écouler au quotidien entre cinq et six grands paquets de 20 sachets de 0,5 litre d’eau chacun» qu’il «achète à 600 FC le paquet (environ 0,7 dollar)» et qu’il «revend le sachet à 50 FC (0,058 dollar)». Ce qui lui permet, ajoute-t-il, de gagner «entre 2.000 et 2.400 FC par jour (environ 2,3 et quatre dollars)» et de «contribuer aux charges du ménage de sa famille composée de cinq enfants dont un seul va à l’école».
Gogo Mambweni, 16 ans, un autre petit commerçant d’eau, affirme à IPS : «Pendant les vacances, c’est la seule activité qui me permet de payer les objets classiques et une partie de mes frais scolaires pour l’année à venir, puisque mes parents ne travaillent pas». Il dit qu’il «parvient à réaliser un bénéfice d’environ 20 dollars chaque semaine, en parcourant tous les marchés de la partie-est de Kinshasa et quelques bureaux du centre-ville».
(FIN/2009)
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