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COTE D’IVOIRE
Les femmes rurales et l’autosuffisance alimentaire en riz
Fulgence Zamblé

ABIDJAN , 16 juil (IPS) - Pendant que le programme d’urgence lancé il y a un an par le gouvernement ivoirien dans les bas-fonds pour l’autosuffisance en riz d’ici à 2012, est en cours, les femmes rurales du pays anticipent en exécutant un projet de mise sur le marché d’un riz local à bas prix.

"Il y a longtemps que nous sommes dans l’antichambre. Aujourd’hui, nous voulons relever le défi de la croissance en mettant sur le marché du riz local. Nous avons demandé qu’on nous fasse confiance, nous aurons aussi notre riz de luxe", a déclaré Colette Irié Lou, présidente de la Fédération nationale des coopératives de vivriers de Côte d’Ivoire (FENACOVICI). C’était lors de la présentation officielle du projet, la semaine dernière à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

Cette grosse organisation féminine, créée en 2001 et composée de 1.000 coopératives et plus de 50.000 membres, avait tenu, selon ces responsables, le projet "secret" pour convenances personnelles. Les coopératives sont fortement implantées dans l’ouest, le centre-ouest et le sud du pays.

Pour la campagne 2009-2010 - en cours et désignée comme expérimentale -, ce sont 300.000 tonnes de riz qui seront sur les marchés du pays dans des sacs de 50 kilogrammes, 25 kg et 5 kg au prix de 350 francs CFA (environ 0,75 dollar) le kilo, contre 400 à 600 FCFA (0,86 à 1,29 dollar) le kilo pour les différentes qualités de riz importé.

Le projet de production de riz local, selon la FENACOVICI, a été financé sur fonds propres et s'est appuyé sur près de 9.000 femmes à travers le pays. L'achat et la distribution des semences et des intrants agricoles, la mise en place d’unité de transformation, ont été assurés par l'organisation.

En effet, lasses de ne pas bénéficier de crédits agricoles, les coopératives ont dû mettre sur pied un fonds de garantie de 180 millions FCFA (environ 387.000 dollars) pour mener leurs activités. N’empêche qu’elles restent encore confrontées à certaines difficultés de logistique dans l’exécution de leur programme de production.

"Nous manquons de batteuses et de matériels pour le ramassage du riz, ainsi que des véhicules adaptés pour des routes devenues impraticables. Sinon, nous ferions mieux. Mais nous avons déjà pris le pari de nourrir les Ivoiriens et nous allons le faire et le réussir", affirme Irié Lou.

"Notre objectif est de réduire de façon considérable la forte importation du riz par le gouvernement et parvenir à l’autosuffisance d’ici peu. Le programme d’urgence mis en place ne nous gêne en rien", explique à IPS, Adrienne Gnandé, une productrice de riz de l’ouest du pays.

Au marché "Gouro" d’Adjamé, le quartier commercial d’Abidjan, en dépit des bruits des véhicules de transport en commun de la gare routière, Gnandé vante aux passants les qualités et les mérites du riz local. "C’est du riz made in Côte d’Ivoire, moins cher et à votre goût", souligne-t-elle.

A ses côtés, Caroline Tanou, une commerçante, étale des bananes et des aubergines. "Nous produisons chaque jour des vivres pour nourrir la population. Il n’y a pas que le riz. Le pays doit s’attendre, dans les prochaines années, à une autosuffisance alimentaire complète", dit-elle à IPS.

"Il n’y a que la femme rurale pour avoir une telle ambition", affirme à IPS, Frédéric Kalou, un cadre du secteur privé, en visite sur le site. "Dans ce contexte, on n’a pas besoin de solutions miracles pour prendre notre destin en main. Mais ce sont ces genres d’initiatives ambitieuses qu’il faut encourager par l’octroi d’aides financières", indique-t-il.

Pour l’économiste Martinien Gadou, "C’est un tournant important que va connaître le pays. Si les productions de ces femmes atteignent à temps les marchés et que le programme d’urgence du gouvernement donne ses premiers fruits d’ici à l’année prochaine, on pourrait atteindre l’autosuffisance en riz plus tôt que prévu".

"Avec 900.000 tonnes de riz attendues par le programme d’urgence et les 300.000 tonnes du projet des femmes rurales, nous avons un cumul qui permet d’envisager les moyens de stocks dès 2011", prévoit Gadou. "Mais avant, il faudra trouver une politique efficace, soit pour accompagner le projet de ces femmes ou le greffer à celui du gouvernement".

Selon Gadou, la gestion des terres fertiles et des bas-fonds aménagés pourrait suggérer la décision de faire un choix.

Pour Catherine Kouadio, une ménagère résidant à Abidjan, "Ce qui est appréciable dans ce riz local, c’est qu’il prend du volume à la cuisson et avec un kilo, on peut facilement faire à manger pour trois personnes dans la journée. Mais, il est difficile à cuisiner et il faut surtout avoir un doigt d’expert pour le réussir".

De son côté, Fatou Diaby, une autre ménagère, déclare à IPS : "Je consomme beaucoup le riz local et j’en suis satisfaite. Et avec le prix de 350 FCFA le kilogramme, j’en connais qui vont se ruer vers ce riz".

La Côte d’Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays. Depuis bientôt sept ans, des ex-soldats de l’armée régulière ont pris les armes pour lutter contre l’exclusion présumée des populations de cette partie du territoire. La situation de ni paix ni guerre que connaît le pays perturbe fortement l’équilibre social des Ivoiriens, devenus de plus en pauvres, selon des analystes.

L’extension du projet des femmes a été perturbée par cette crise car elles avaient l’intention de mettre en place de petites coopératives dans le nord et le centre du pays. Mais, elles ne sont parvenues que dans l’ouest.

En mars 2007, ce pays d’Afrique de l’ouest, qui produisait 700.000 tonnes de riz par an, avait connu des manifestations de rue contre la vie chère à la suite de l’augmentation des prix de certaines denrées alimentaires, dont le riz : une denrée importée annuellement à hauteur de 150 milliards FCFA (environ 322,5 millions de dollars) par le pays.

En juillet 2008, le gouvernement ivoirien avait décidé de mettre en œuvre un programme d’urgence de 18 milliards FCFA (environ 38,7 millions de dollars), basé sur la réactivation de milliers d’hectares de bas-fonds, qui doit aboutir à l’autosuffisance alimentaire du pays en riz d’ici à 2012 et permettre de constituer des stocks à partir de 2017. (FIN/2009)

 

 

 

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