KENYA Un rôle pour les hommes dans l'égalité de genre Joyce Mulama NAIROBI, 6 juil (IPS) - Le récent Festival sur le genre au Kenya a souligné le rôle important que l’activisme des hommes peut jouer dans la réalisation de l’égalité de genre et l’autonomisation des femmes.
"Les hommes ont un rôle à jouer lorsqu’il s’agit d’assurer l’égalité de genre. Ce n’est pas seulement une affaire des femmes. L’égalité de genre ne signifie pas que les femmes règnent sur les hommes. Elle assure seulement un niveau de terrain de jeu pour les hommes et les femmes, éliminant toutes les formes de discrimination qui prévalent contre les femmes", a déclaré Kennedy Otina, coordinatrice régionale du programme 'Les Hommes pour l’égalité de genre maintenant' (MEGEN).
Le MEGEN est une organisation régionale qui reconnaît la nécessité pour les hommes de participer à la lutte pour l’égalité de genre.
Ce festival, un forum ouvert réunissant des défenseurs des droits entre les sexes, comprenait des pièces de théâtre, des conférences, de la poésie, et des sketches. Les participants ont créé des chansons et dansé en soutien à l’équité de genre, ainsi que des t-shirts, des pancartes et des prospectus avec ce message fondamental: oui à l’égalité de genre, non à la discrimination de genre.
Des efforts précédents pour réduire l’inégalité de genre ont largement ciblé les femmes, quelque chose qui, selon des analystes, a laissé des lacunes dans la lutte pour l’égalité de genre. "Nous parlons du changement des attitudes sociétales qui ont amené la discrimination contre les femmes. Ce changement ne peut pas être opéré par un seul groupe, notamment lorsqu’il implique un changement dans tous les peuples et toutes les sociétés", a souligné Otina.
L’une des questions abordées par le festival était la façon de transformer des attitudes sociétales profondément enracinées. Par exemple, depuis la petite enfance, les garçons sont socialisés dans des rôles de genre conçus pour les maintenir au pouvoir et au contrôle et, par conséquent, grandissent croyant qu’un comportement dominant envers les filles et les femmes est acceptable.
"Nous pouvons renverser cela en promouvant de nouvelles valeurs qui encouragent la communication, la coopération et l’égalité entre les garçons et les filles avant qu’ils ne deviennent des hommes et des femmes", a confié à IPS, Jonah Gokova, président du Forum des hommes sur le genre de Padare/Enkundleni, basé au Zimbabwe.
Son collègue Otina a remarqué que la culture était dynamique et change de temps en temps. "Nous disons aux gens qu’il y a longtemps il n’y avait pas de vêtements, les gens portaient la peau. Les temps ont changé; aujourd’hui, les gens portent des habits. L’une des choses qui ont également changé, c’est l’exposition des femmes. Elles vont à l’école, et sont des dirigeantes. Cela n’était pas possible avant", a-t-il observé.
Le travail du MEGEN pour promouvoir l’égalité de genre à partir du jeune âge comprend également un programme de terrain qui cible les jeunes garçons et filles dans des écoles à travers le Kenya, les informant de la nécessité de se respecter les uns les autres, et que les hommes et les femmes sont égaux. Ce programme cible également des enseignants et des parents pour les aider à inculquer respectivement à leurs écoliers et enfants de telles vertus.
La Conférence itinérante des hommes est une autre initiative du groupe, faisant parvenir ces messages aux hommes et femmes à travers le pays. Avec l’utilisation des sketches, la conférence atteint les communautés partout où elles sont, y compris les églises et les marchés.
La réaction a été positive, avec des annonces d’attitudes changées même dans certains des cadres les plus patriarcaux, selon Otina.
Pendant que cibler le changement d’attitude peut être critique, travailler avec les parlementaires pour leur demander de voter des lois soutenant l’égalité de genre est également important. "Nous travaillons avec les députés parce que nous constatons qu’ils ont le pouvoir de rejeter ou de voter des lois. En particulier, nous ciblons les politiciens hommes parce qu’ils sont les plus nombreux au parlement", a affirmé Nelson Banda, coordinateur du Réseau des hommes en Zambie.
Déjà, son organisation est en train d’initier un Réseau parlementaire des hommes pour fournir l’appui aux femmes parlementaires pendant le débat à la Chambre sur les questions de l’égalité de genre. Jusque-là, quatre députés ont affiché la volonté de se joindre au forum pour soutenir les femmes députées qui représentent seulement 14,7 pour cent du parlement.
"Ce chiffre est très faible et fait qu’il est difficile aux femmes parlementaires de former le quorum nécessaire pour voter seules une loi favorable au genre. "Nous espérons qu’avec le Réseau parlementaire des hommes, les choses seront beaucoup plus faciles", a indiqué Banda à IPS, depuis la ville de Mongu, à environ 600 kilomètres de Lusaka, la capitale zambienne.
Toutefois, la volonté politique est nécessaire pour que les lois sur l’égalité de genre soient mises en œuvre de peur qu’elles ne deviennent justes des écrits sur le papier.
"L’Ouganda l’a fait et le Rwanda aussi, à travers des systèmes de quota qui ont vu une augmentation des femmes au parlement. Cela montre que la volonté politique peut accroître l’égalité de genre", a déclaré Norah Matovu-Winyi, directrice exécutive du Réseau de développement et de communication des femmes africaines.
La constitution du Rwanda prévoit un système de quota qui réserve des sièges spéciaux pour les femmes dans les Chambres haute et basse, quelque chose qui a vu le pays enregistrer 56,3 pour cent de femmes au parlement, le taux le plus élevé au monde. Avec un système similaire, l’Ouganda voisin a augmenté le nombre de femmes parlementaires à 25 pour cent. Le même système indique 30 pour cent de représentation des femmes dans le service public.
Un tel progrès n’est pas encore visible au Zimbabwe, bien que le pays ait signé le Protocole d’Afrique australe sur le genre exigeant 50 pour cent de représentation des femmes dans le gouvernement, a souligné Gokova.
"Le gouvernement de coalition [formé au début de cette année] n’a pas mis l’accent sur l’implication des femmes. Il se dit d’union, mais il a exclu un groupe clé – les femmes", a-t-il déclaré. Sur les 69 ministres et vice-ministres, seules 10 sont des femmes, représentant 14 pour cent, ce qui est même en dessous des 30 pour cent, le quota sur l’égalité de genre de la Communauté de développement d’Afrique australe.
L’organisation de Gokova et d’autres, présentes au festival du 3 au 5 juin, ont promis de continuer à sensibiliser contre ce type de disparité.
(FIN/2009)
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