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COMMERCE
La crise financière rend la libéralisation moins rose
Annelise Sander

GENEVE, 14 fév (IPS) - Avec la crise économique actuelle, des questions sont en train d’être posées sur la viabilité d’une libéralisation plus avancée telle qu’envisagée dans le Cycle de Doha à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). En particulier, la pression du Nord sur les pays pauvres d’ouvrir des marchés financiers peut être "obsolète" à cause du rôle du secteur financier dans cette crise.

Les fantômes de l’histoire peuvent revenir pour nous hanter. La crise mondiale se transformera-t-elle en une dépression, comme dans les années 1930? Au Forum économique mondial (FEM) qui a pris fin récemment à Davos, en Suisse, des experts du commerce et des dirigeants du monde ont admis que 2009 serait un bon moment pour réduire les différends qui ont mis dans l’impasse les négociations commerciales de Doha.

Le Groupe des 20 (G20) a également juré récemment de conclure rapidement le Cycle de Doha pour éviter une poussée du protectionnisme. Le G20 est un regroupement multilatéral informel des pays développés et des pays en développement qui se réunissent sur des questions économiques.

Martin Khor, directeur de ‘Third World Network’, une organisation non gouvernementale internationale travaillant sur le commerce, avertit que "les conditions mondiales ont changé depuis juillet et décembre. Le protectionnisme est encore en croissance dans les pays développés et dans l’Ouest".

"Nous sommes confrontés à beaucoup de difficultés. Même lorsque le monde entier était en croissance, des Etats n’ont pas pu conclure le Cycle de Doha. Maintenant en temps de récession, où des dirigeants politiques sont confrontés à beaucoup de pressions des paysans, des travailleurs et des hommes d’affaires, il est même devenu plus difficile", prévient Khor.

Récemment, les Etats-Unis ont accusé la Chine de manipuler sa monnaie. "Une grande partie de la manipulation financière en cours durant les 20 dernières années, était faite par des institutions, des fonds de protection, des spéculateurs, des banques d’investissement et des banques commerciales des pays développés. Maintenant ces pays indexent certains pays en développement et affirment qu’ils sont en train de manipuler la finance", ajoute Khor dans un entretien avec IPS.

Cette confrontation "aigrira l’humeur. Nous devons peut-être réexaminer tout le processus dans l’OMC".

"Dans des négociations sur les services, les pays développés sont en train de mettre la pression sur les pays en développement pour qu’ils ouvrent les marchés financiers et acceptent de nouveaux instruments financiers. Mais cela peut être obsolète parce que nous attendons que le Groupe des 20 parvienne à de nouvelles règlementations financières pour contrôler les activités de spéculation des institutions financières", poursuit Khor.

Le G20 a également accepté que les institutions financières internationales financent la croissance économique et "la réduction de la pauvreté" dans le Sud. La subvention massive accordée par des pays du Nord aux banques et aux entreprises de l’automobile, en plus des paysans, "n’est pas loyale pour les pays en développement parce qu’ils n’ont pas d’argent pour subventionner même s’il voulaient le faire", estime Khor.

La poussée du protectionnisme peut être vue au Royaume-Uni où des manifestants ont appelé au "rejet des travailleurs étrangers. Cela est un exemple typique de protectionnisme de la main-d’œuvre parce que des pays en développement dans l’OMC demandent aux pays développés d’ouvrir les portes au moins aux travailleurs des professions libérales. Mais, cela peut ne plus être possible", avertit-il.

Des déclarations au FEM confirment cela. Doris Leuthard, ministre suisse de l’Economie, a averti à Davos que "la recherche davantage de libéralisation du commerce à un moment de chômage croissant dans le monde développé est politiquement très difficile, notamment lorsque le Cycle de Doha ne règle pas les questions telles que les normes de travail et la protection sociale qui bénéficient d’un grand soutien populaire".

Un officiel africain travaillant dans le commerce affirme dans un entretien avec IPS que beaucoup de pays en développement ont connu une augmentation de leurs balances commerciales déficitaires à cause de la baisse des prix des produits de base, notamment en Afrique.

Cet officiel indique également que "Barack Obama n’a pas dit beaucoup de choses sur le Cycle de Doha. Nous attendons tous de voir ce qu’il fera. Mais nous ne sommes pas très optimistes. Même avec lui, nous n’espérons pas conclure le Cycle de Doha en 2009".

Cependant, Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, a exprimé l’optimisme à Davos que le Cycle de Doha pourrait être rapidement conclu si la volonté politique pour le faire existait.

Il a déclaré que 80 pour cent des termes en vue d’un accord sont "établis, bien que des questions hautement controversées telles que les subventions agricoles dans le monde développé, les règles anti-dumping et les subventions industrielles ont toujours besoin d’être résolues".

Malgré l’optimisme officiel, les négociations de Doha sont toujours loin d’être achevées. Le délai initial de janvier 2005 a été raté, ainsi que celui officieux de 2006. La rencontre de juillet 2008 et celle prévue pour la fin de 2008 – puis reportée depuis ce temps – ne pourraient pas produire un accord sur des modalités dans le domaine agricole et de l’accès au marché et non-agricole (NAMA).

Concernant le NAMA, les pays du Nord et du Sud diffèrent sur la manière de conduire l’exercice de réduction des tarifs sur tous les produits non-agricoles, ne s’accordant pas sur la question de savoir si les taxes devraient être réduites à travers la frontière ou négociées produit par produit.

Par rapport à l’agriculture, l’une des plus grandes controverses est autour du mécanisme spécial de sauvegarde (SSM), un outil que les pays en développement veulent utiliser pour préserver la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des paysans. Il impliquerait l’augmentation les frais de douane pendant les périodes des importations croissantes, des fluctuations des prix et du taux de change.

C’est une mesure soutenue par le Groupe de 33 pays en développement, mais combattue par des pays exportateurs, y compris les Etats-Unis.

"La discussion au sujet du SSM reflète parfaitement la division entre ceux pour qui le futur de l’agriculture réside dans la promotion commerciale et ceux qui croient que l’agriculture mérite une protection spéciale temporaire malgré l’objectif de libéralisation à long terme", affirme Anne-Laure Constantin, directrice du bureau de l’Institut pour l’agriculture et la politique commerciale (IATP), à Genève.

Les seuls bons côtés peuvent venir d’un nouvel accent sur la nécessité de maintenir les normes des droits de l’Homme dans les négociations commerciales. Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, présentera son rapport sur l’OMC et le droit à l’alimentation à la session du Conseil des droits de l’Homme en mars.

"L’impasse prévisible dans le Cycle de Doha nous accordera quelque temps pour réfléchir davantage sur le droit à l’alimentation et sur la protection de l’agriculture familiale. Cela peut être une chose positive, après tout", ajoute Constantin. (FIN/2009)

 

 

 

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