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Q&R
‘Le développement doit s’adapter aux ressources en eau que nous avons’
Kristin Palitza s’entretient avec VICTOR MUNNIK, grand spécialiste en politique de développement à ‘Mvula Trust’

JOHANNESBURG, 6 fév (IPS) - Des experts en environnement avertissent que l’un des premiers effets du changement climatique sera la rareté de l’eau, notamment sur tout le continent africain. Des ressources en eau déjà en baisse deviendront même plus rares.

Par conséquent, des pays comme l’Afrique du Sud devront de plus en plus dépendre du recyclage des eaux usées et polluées pour la consommation. Certains experts de l’eau croient qu’une crise se dessine.

IPS: Qu’est-ce qui menace la sécurité de l’eau en Afrique du Sud, en termes de qualité et de quantité de l’eau?

Victor Munnik: En Afrique du Sud, 98 pour cent de notre fourniture en eau est déjà sous abonnement, ce qui signifie que nous ne disposons pas fondamentalement de ressources en eau non exploitées en réserve. Toutes les nouvelles demandes devront être satisfaites par une utilisation efficace des eaux usées. C’est pourquoi la qualité et la quantité d’eau sont étroitement liées. Les eaux usées ont besoin d’être d’une qualité assez élevée afin qu’elles puissent être réutilisées. 

La sécurité de l’eau est une question importante, notamment lorsque l’eau est utilisée dans les secteurs industriels et miniers, où la pollution est difficile à éliminer. Pour vous donner un exemple, deux tiers des systèmes d’évacuation du pays sont caractérisés par un dysfonctionnement, selon la Commission de recherche en eau.

L’urgence ici est que nous ne disposons pas en réserve des ressources en eau non exploitées. Par conséquent, l’utilisation inefficace, le gaspillage et les préjudices à la qualité de l’eau constituent de grandes menaces. Nous sommes dans une situation désastreuse.

IPS: Des experts de l’environnement préviennent d’une crise de l’eau qui se dessine en Afrique du Sud. Qu’est-ce qui cause cela et que devrait-on faire pour l’éviter?

VM: Il y a un nombre de dangers, mais l’un des plus grands est la pollution causée par le secteur minier – le drainage des mines acides qui baisse les niveaux de pH de l’eau et pose des risques de santé aux humains et aux animaux.

Nous devons renforcer notre système de qualité de l’eau. L’Afrique du Sud a une politique d’eau assez bien développée, mais le défi, c’est sa mise en œuvre. Nous avons besoin, par exemple, de plus d’inspecteurs de la qualité de l’eau et impliquer le public dans le suivi de la qualité de l’eau. Par-dessus tout, nous avons besoin d’un effort déterminé.

IPS: Devrait-on considérer l’eau comme un bien commercial ou plutôt social?

VM: L’eau devrait être considérée comme un bien public, bien que les services de l’eau puissent être commerciaux. La loi stipule que l’eau ne peut pas être possédée, comme l’air ne peut pas être possédé. Elle est destinée à l’utilisation publique. Vous l’utilisez et vous la retournez; elle circule dans un cycle.

L’accès à l’eau est un droit humain fondamental, bien qu’il soit important de noter que la commercialisation de l’eau fait qu’il est plus difficile de la maintenir de cette façon.

IPS: Pourquoi le prix de l’eau continue-t-il d’être au-delà de la portée des ménages pauvres?

VM: Les municipalités sont dans une position où elles doivent opérer le recouvrement des coûts pour des services d’eau rendus aux personnes qui sont vraiment incapables de payer, et cela est en désaccord avec les droits humains relatifs à l’accès à l’eau. Une solution est possible dans le bloc tarifaire gradué (une structure de paiement croissant), si les premiers blocs sont maintenus gratuits ou très bon marché. 

Pour le moment, les ménages reçoivent six kilolitres d’eau gratuite par mois, mais cela n’est pas une quantité adéquate, en particulier si ces ménages ont des toilettes à chasse, qui utilisent beaucoup d’eau.

IPS: Comment la commercialisation de l’eau, que ce soit à travers la privatisation ou le corporatisme, a-t-elle des liens avec le droit des gens à l’eau?

VM: La commercialisation de l’eau ne devrait pas être utilisée comme une excuse pour la réduction de l’accès des gens à l’eau. Bien que l’eau soit privatisée ou laissée aux corporations, les municipalités, dans leur rôle d’autorités des services de l’eau, sont obligées d’atteindre des objectifs sociaux et doivent les contrôler.

La commercialisation n’invalide pas les politiques de l’eau que nous avons. Nous devons être prudents parce que ceux qui veulent commercialiser l’eau font souvent des promesses qu’ils n’honorent pas, telles que les améliorations de l’infrastructure ou la fourniture d’eau aux pauvres.

IPS: Le Fonds mondial pour l’environnement (WWF) a averti que l’Afrique du Sud sera l’un des deux endroits les plus secs sur la terre à cause du changement climatique. Comment cela affectera-t-il l’accès des gens à l’eau et au système d’assainissement?

VM: Je ne suis pas convaincu que la prédiction du WWF puisse devenir une réalité, bien que Le Cap de l’ouest et du nord pourrait devenir plus sec du fait du changement climatique. Malgré le fait que le changement climatique se produira indubitablement, je crois qu’il est difficile de faire des prédictions pour une zone géographique spécifique.

Ce qui se produira en Afrique du Sud, c’est que la pluviométrie deviendra même plus imprévisible qu’elle ne l’est déjà, en termes de combien de pluies tomberont et où. Cela aura un impact négatif sur l’agriculture et la sécurité alimentaire. Si la pluviométrie change, nos bassins hydrauliques, tels que les barrages, pourront être également au mauvais endroit.

En outre, des températures plus élevées à cause du changement climatique entraîneront plus d’évaporation sur nos surfaces en eau.

IPS: Certains experts prévoient qu’une crise de l’eau causerait une instabilité sociale et entraverait le développement économique du pays. Seriez-vous d’avis?

VM: Je ne le suis pas. Je pense que cette prédiction est dramatisée à outrance. Nous sommes au bord d’une crise de l’eau, et ainsi, nous devons gérer nos ressources en eau d’une autre façon. La rareté de l’eau peut être à la fois un défi et une opportunité.

L’ancien ministre sud-africain des Forêts et de l’Eau, Kader Asmal, a déclaré un jour que la nécessité pour la gestion de l’eau peut conduire à la démocratie, et je suis d’accord. Les gens peuvent prendre les choses en mains et trouver des solutions.

Nous devrons également adapter notre développement économique en fonction des ressources en eau que nous avons et développer cela d’une manière efficiente. Autrement, cela débouchera sur une crise. Nous ne pouvons poursuivre la croissance économique sans prendre en compte l’eau. En fait, l’impact sur notre eau doit être intégré dès le début dans chaque plan de développement économique. (FIN/2009)

 

 

 

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