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ENVIRONNEMENT-SENEGAL
Une décharge polluée mais nourricière
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 10 déc (IPS) - Un processus sera bientôt déclenché pour fermer le site de la décharge de Mbeubeuss, à 15 kilomètres au nord de Dakar parce qu'elle constitue une menace pour l'environnement et la santé des populations environnantes, indiquent les autorités municipales de la capitale sénégalaise.

Selon une enquête commencée en 2006 et dont les résultats ont été publiés en décembre de cette année, 14 pour cent des personnes vivant dans la zone de la décharge sont affectées par des maladies respiratoires.

"La direction technique de la Communauté des agglomérations de Dakar (CADAK) va engager, après une étude des résultats de l'enquête, un processus d'arrêt d'exploitation de la décharge de Mbeubeuss. Mais ceci ne sera possible que quand le projet de construction d'un nouveau centre d'enfouissement technique sera mis en place", a déclaré à IPS, Ibrahima Diagne, directeur technique de la CADAK.

Selon Diagne, la fermeture du site devrait tenir compte des avantages économiques que procure la décharge aux populations qui y travaillent. Le projet de construction d'un nouveau centre d'enfouissement technique doit apporter des solutions aux problèmes environnementaux, en vue d'améliorer les conditions d'existence et du cadre de vie des populations, ajoute-t-il.

Depuis des années, le dépotoir nourrit plusieurs milliers de personnes qui y vivent de la revente des objets récupérés des fouilles qu'ils effectuent quotidiennement sur la décharge.

La décharge de Mbeubeuss reçoit en moyenne 475.000 tonnes d'ordures par an. Ces déchets sont composés de 45 pour cent de matières fines et 20 pour cent d'objets putrescibles, selon Dr Oumar Cissé, le coordonnateur du projet 'Décharge de Mbeubeuss : analyse des impacts et amélioration des conditions de vie et de l'environnement'. Le projet est financé par le Centre de recherche pour le développement international.

Après deux ans de recherche effectuée dans la zone par l'Institut africain pour la gestion urbaine, les résultats révèlent que Mbeubeuss, située dans un lac desséché, reçoit en moyenne 3.500 personnes par jour avec une forte présence de femmes et d'enfants venus récupérer des choses sur la décharge. Et leurs activités génèrent une masse financière de près de 13 millions de francs CFA par jour (environ 26.000 dollars), indique l'enquête. Parmi les récupérateurs, 34 pour cent sont des femmes âgées de plus de 15 ans.

IPS a constaté sur la décharge que des hommes, femmes et enfants couraient, parfois pieds nus, derrière les camions qui étaient venus décharger des ordures. A l'aide de petites barres de fer, ils fouillent des immondices d'objets déchargés. Chacun ramasse ce qui l'intéresse. Les femmes et les enfants s'intéressent plus aux déchets plastiques et les hommes, aux objets ferreux. Tous mangent sur la décharge où des hangars installés servent de restaurants.

Ibrahima Diouf, responsable de l'Association des travailleurs sur la décharge, souligne que le travail de récupération des ordures est pénible. "Notre travail est très difficile, on n'est pas protégé ni sécurisé, mais on n'y peut rien. Cela nous aide à nourrir nos familles, l'important c'est qu'on ne vole pas", déclare-t-il à IPS.

Diouf affirme qu'il vit sur la décharge depuis 15 ans. "J'étais un mécanicien, mais puisque je n'ai plus de travail, j'ai préféré venir ici chercher des métaux que je vends aux mécaniciens et forgerons, et avec ça, je nourris ma famille", ajoute-t-il.

Ndèye Mane, une femme d'environ 45 ans, était devant un gros tas de bouteilles plastiques. Elle attendait un taxi pour acheminer ces bouteilles en ville et les vendre. Elle dit qu'elle peut gagner 5.000 FCFA (environ 10 dollars) ou plus par jour. "L'argent que je gagne me permet de subvenir aux besoins de mes enfants qui sont orphelins de père", indique-t-elle à IPS.

Interrogée par rapport à l'impact de la décharge sur la santé de ceux qui y vivent, Mane reste un peu triste et reconnaît qu'ils sont tous exposés. "Moi-même, je sens des douleurs quand je respire, je sais que cela provient du travail de récupération. La poussière, la fumée et les odeurs, mais que pouvons-nous faire? On n'a rien et on ne peut vivre que de ça", explique-t-elle.

Dr Cissé affirme que la plupart des femmes qui vivent sur la décharge présentent des problèmes gynécologiques.

Selon Cissé, les résultats de l'enquête ont révélé que deux tiers des ménages des quartiers proches de la décharge -- Diamalaye, Malika et Keur Massar -- consomment de l'eau de puits. Cette eau est impropre à la consommation humaine du fait de la contamination par des métaux lourds et des micro-organiques pathogènes. Plus de 845.500 personnes habitent les quartiers environnants de la décharge, selon l'Agence nationale des statistiques et de la démographie.

"Il s'agit notamment des affections respiratoires (14 pour cent). Mais 9,1 pour cent des personnes vivant sur la décharge sont infectées de parasitoses intestinales, 8,4 pour cent de dermatoses, et 8,1 pour cent sont atteintes d'infections buccodentaires", explique-t-il.

Cissé ajoute que 26 pour cent des poulets élevés dans la décharge et abreuvés à l'eau de puits de la zone sont contaminés au mercure.

Selon Dr Mamadou Sall du district sanitaire de Keur Massar, ils reçoivent en moyenne 20 patients par jour, et les maux sont toujours identiques : problèmes respiratoires et infections diverses. "La décharge cause énormément de problèmes dans cette communauté. Même l'air qu'on respire est pollué. La fermeture du site va engendrer des dégâts collatéraux, mais c'est nécessaire pour le bien de la population", affirme-t-il à IPS.

"L'analyse économique des dommages environnementaux sur la santé atteste que le traitement des maladies liées à l'exposition à l'eau et au sol contaminés, représente 43 pour cent des budgets des établissements de santé de la zone, et a coûté aux malades plus de 13 millions de FCFA (environ 26.000 dollars) cette année", souligne Cissé.

"Pour le moment, l'urgence est de trouver une solution à la question de l'eau pour Malika, Keur Massar et environs, parce que l'eau de puits que consomment les populations est polluée", explique Diagne à IPS. Selon lui, la municipalité installera, avec l'aide de la Sénégalaise des eaux (SDE), des robinets pour que la population puisse avoir accès à l'eau potable. (FIN/2008)

 

 

 

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