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DROITS-SENEGAL
Des homosexuels dans un environnement hostile
Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 5 mai (IPS) - Pape Mbaye, 24 ans, est un griot de profession qui ne cache pas son homosexualité dans son pays, le Sénégal. Mais l'homosexualité est punie depuis 1965 par la loi, et des homosexuels ont même été déjà traduits en justice dans ce pays d'Afrique de l'ouest dont la population est musulmane en majorité.

Mbaye, considéré comme un ''célèbre homosexuel'' a reçu IPS, en compagnie d'autres présumés homosexuels dans son appartement de Ann Mariste, une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise, la semaine dernière, affirmant qu'il ne cache pas son homosexualité, contrairement à d'autres.

A la question de savoir pourquoi il se déguise en femme alors qu'il est un homme, Mbaye répond à IPS sans sourciller : "Depuis mon enfance, je me sens comme une femme. Rien ne peut me faire reculer, je l'assume, je ne suis pas devenu homosexuel pour l'argent comme le pensent certaines personnes".

Et Mbaye souligne qu'ils sont nombreux -- les homosexuels -- au Sénégal et que "beaucoup se cachent pour le faire; mais moi, je ne peux plus me cacher".

Pour sa part, l'un des compagnons de Mbaye, qui a requis l'anonymat, a déclaré que depuis son enfance, il n'a connu que la sexualité anale : "Quand j'avais sept ans, mon oncle chez qui je vivais m'avait maintes fois violé. Je n'ai jamais eu le courage de dire cela, aujourd'hui, je le vis", révèle-t-il à IPS. Il a 24 ans aujourd'hui.

Les facteurs à l'origine de l'homosexualité des Sénégalais sont nombreux et diversifiés, même si certains pensent que c'est le gain facile qui pousse les jeunes à devenir des homosexuels.

Dominique Mendy, professeur de sociologie à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, estime que l'homosexualité est un phénomène social dont les causes sont à la fois lointaines et actuelles. "L'ampleur que prend l'homosexualité dans notre pays est liée d'abord à la dégradation de nos valeurs sociales. La paupérisation de notre société a entraîné les jeunes sur ce chemin-là", a-t-il dit à IPS.

"La promiscuité joue aussi un rôle important, et à cela, s'ajoute le tourisme. C'est comme si tous les touristes qui arrivent au Sénégal sont des homosexuels, c'est grave", souligne Mendy.

Le Code pénal sénégalais punit ''d'un emprisonnement d'un an à cinq ans et d'une amende de 100.000 à un million de francs CFA'' (de 238 à 2.380 dollars environ) tout acte considéré comme contre-nature, notamment un acte sexuel entre personnes de même sexe.

Mais l'Etat reconnaît implicitement le droit d'avoir des rapports sexuels entre hommes. La politique de santé du gouvernement sénégalais, dénommée "Plan sésame", porte assistance aux personnes âgées, mais va au-delà en dispensant gratuitement des soins aux homosexuels et aux personnes atteintes du VIH/SIDA. Le document contient notamment cette expression en anglais : "The men have sex with men" (les hommes ayant de rapports sexuels avec d'autres hommes).

Toutefois, le Sénégal a enregistré en février dernier des troubles sociaux liés à une affaire de mariage homosexuel, qui suscite encore des commentaires dans le pays. C'était un mariage organisé à Mbao, une localité proche de Dakar, avec beaucoup de couples d'homosexuels qui participaient à la cérémonie. La police a arrêté tous les présumés couples homosexuels présents sur les lieux. Mais quelques jours après, ils ont été tous libérés; l'opinion n'a pas compris cette libération rapide survenue sans jugement.

Mais déjà en 2003, un célèbre homosexuel Maniang Kassé, 30 ans environ, avait été emprisonné pendant quatre mois avant d'être libéré après jugement. En 2005, c'était le cas d'Abdou Ndiaye, 17 ans, qui se dit "femme" depuis son enfance, bien qu'il soit un homme. Il avait été arrêté, puis libéré sans être jugé, mais il avait été confié à un centre de rééducation des jeunes pour sa réinsertion.

Par ailleurs, les statistiques du Conseil national de lutte contre le SIDA (CNLS) font état de 1.548 homosexuels suivis médicalement en 2007 au Sénégal. Dr Ibra Ndoye, responsable des infections sexuellement transmissibles et du SIDA au CNLS, a révélé que parmi "les 1.548 ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes, 153 vivent avec le VIH/SIDA, dont 71 sont mis sous anti-rétroviraux". Et selon le CNLS, les homosexuels bénéficient d'une prise en charge médicale gracieuse dans 19 structures sanitaires du pays.

Selon Dr Ndoye, les homosexuels font partie des groupes à risque ou constituent plus de 21 pour cent de personnes infectées susceptibles de faire exploser la moyenne nationale d'infection à VIH qui est officiellement de 0,7 pour cent. Par exemple, pour se ravitailler en produits facilitant le coït anal ou se faire se soigner pour d'autres infections, les homosexuels sont accueillis gratuitement à la polyclinique de la Médian, à Dakar.

Les homosexuels "ont une bisexualité très intense qui se situe à 95 pour cent. C'est-à-dire que leur statut d'homosexuel ne les empêche nullement d'entretenir des rapports sexuels avec d'autres femmes, qu'elles soient leurs épouses ou copines", a indiqué également Dr Ndoye. "Et dans le cadre de la lutte contre le SIDA, cette cible est mieux surveillée".

Toutefois, les associations religieuses continuent de réagir face à l'ampleur du phénomène de l'homosexualité dans ce pays qui compte près de 95 pour cent de musulmans, selon des chiffres officiels.

Adama Seck, l'imam de la mosquée des Parcelles assainies, un quartier populeux au nord-ouest de Dakar, et l'un des leaders religieux considérés comme des islamistes, estime qu'il "est déshumanisant" de constater que des gens ne se cachent plus pour montrer leur homosexualité au Sénégal. "L'Etat ne fait rien pour mettre fin à cela; c'est comme si eux aussi (les officiels) sont homosexuels", déplore-t-il, visiblement irrité. En outre, plusieurs imams invitent les autorités du pays à ''appliquer la loi contre les auteurs de ces forfaitures''.

Au sein de la société sénégalaise, les homosexuels sont violentés ou bannis, des gens allant jusqu'à incendier leurs maisons. Les organisations de défense des droits humains invitent l'Etat à dépénaliser les actes homosexuels et à sécuriser leur intégrité physique.

Alioune Tine, secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (RADDHO), une organisation non gouvernementale basée à Dakar, estime que la loi est contraire aux dispositions de la Charte africaine des droits de l'Homme et des peuples. (FIN/2008)

 

 

 

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