Inter Press Service News Agency
17:38 GMT    
   Accueil
   Afrique Australe
   Afrique Centrale
   Afrique de l'Est
   Afrique
            de l'Ouest
   Droits de
            l'homme
   Développement
   Environnement
   Population
   Santé
   Education
   Finance
   Politique
   Energie
   Culture
 
 
   ENGLISH
   ESPAÑOL
   FRANÇAIS
   ARABIC
   DEUTSCH
   ITALIANO
   NEDERLANDS
   PORTUGUÊS
   SUOMI
   SVENSKA
   SWAHILI
   TÜRKÇE
RSS / SML
PrintSend to a friend

TRANSPORT-AFRIQUE DU SUD
Des femmes à bicyclette, malgré les commentaires
Gail Jennings*

LE CAP, 19 déc (IPS/IFEJ ) - "Plus que tout, la bicyclette a contribué à l'émancipation des femmes", disait la féministe américaine Susan B. Anthony, figure emblématique du 19ème siècle. En Afrique du Sud, la culture et la tradition éloignent encore trop souvent les femmes de ce moyen de transport écologique, qui peut leur ouvrir des perspectives socio-économiques.

"La plupart des gens pensent que la bicyclette, c'est pour les enfants et non pour les femmes, en particulier les femmes mariées", explique Myolisi Njoli, qui dirige le programme "Les femmes à bicyclette" pour le compte du gouvernement de la province du Cap-occidental.

"Beaucoup de femmes craignent que le vélo renvoie d'elles une image indigne et peu féminine", ajoute Marianne Vanderschuren, chercheuse sur la mobilité à l'Université du Cap et présidente de l'association "Cycling Academy Network", un partenariat développé entre les Pays-Bas, le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud.

"C'est un véritable défi de libérer les femmes et de les faire monter à vélo", déclare Meshack Nchupetsang, l'un des responsables du 'Bicycling Empowerment Network' (Réseau pour le renforcement de la bicyclette - BEN) dans la ville du Cap, "parce que même lorsque les femmes se sentent suffisamment à l'aise, les questions de sécurité entrent en ligne de compte", ajoute-t-il.

Selon la Fédération routière internationale (IRF), basée à Bruxelles, l'Afrique du Sud est l'un des pays les plus dangereux au monde en termes de nombre de tués sur les routes. Les estimations pour la période allant de 1999 à 2004 indiquent que près de 40 à 45 pour cent des accidents de la route impliquaient des utilisateurs de véhicules non motorisés.

"Pour de nombreuses femmes, se déplacer à vélo est beaucoup trop dangereux", souligne Vanderschuren. "Traditionnellement, les femmes sont responsables de la famille et des enfants, mais elles ont peur de mettre leur vie en danger en devenant des usagers faibles de la route. En Afrique du Sud, utiliser la bicyclette présente encore trop de risque et les femmes, en général, prennent peu de risques".

En outre, l'usage de la bicyclette n'est pas toujours bien vu, car "pour être respecté en Afrique du Sud, vous êtes censés posséder une voiture", ajoute la chercheuse.

Dans la province du Cap-occidental, l'association "Les femmes à bicyclette" tente cependant de changer les mentalités. A Khayelitsha, un township du Cap, une vingtaine de femmes viennent de suivre une formation axée sur la sécurité routière et l'entretien du vélo. Dans cette partie de la ville, les femmes se déplacent traditionnellement à pieds ou à l'aide des transports publics bondés.

"Le vélo est particulièrement adapté pour les femmes, car elles effectuent en général des trajets courts en dehors des heures de pointe et jonglent entre leur travail, les enfants et les responsabilités du ménage", explique Vanderschuren. "De plus, la bicyclette les rend indépendantes des horaires des transports publics et offre davantage de flexibilité dans la gestion de leur temps".

"Une bicyclette est tout à fait ce qu'il me faut... A vélo, je peux faire ce que je veux de mon temps libre", affirme Juanita Maguni, qui utilise ce moyen de transport pour rejoindre son travail dans le faubourg de Manenberg. "Mais, même si c'est facile d'utiliser le vélo, c'est difficile d'ignorer les commentaires à propos d'une femme sur un vélo... je dois parfois réunir mon courage pour pédaler", dit-elle.

Sur de courtes distances (entre cinq et 20 kilomètres), la bicyclette est beaucoup plus rapide et plus économique que la voiture. Un vélo de seconde main -- importé par le réseau BEN, en partenariat avec des organisations non gouvernementales hollandaises et allemandes -- coûte en général 30 dollars.

Selon la dernière étude sur les ménages sud-africains, qui date de 2003, un habitant qui gagne en moyenne 75 dollars par mois consacre près d'un tiers de son budget aux transports publics. De manière générale, la majorité des ménages sud-africains dépenseraient en moyenne 20 pour cent de leurs revenus dans les transports.

"Au moins, une fois que le vélo est acheté, il est payé pour de bon", explique Rufus Norexe, un mécanicien qui travaille pour le réseau BEN. Avec l'aide du ministère des Transports et de l'ONG "Access Africa", le réseau BEN distribue également en Afrique du Sud des vélos pour les travailleurs de la santé.

"Il y a une forte corrélation entre la pauvreté et la mobilité urbaine", estime Aimee Gauthier, responsable de l'ONG Access Africa. "La pauvreté complique la mobilité et le manque de transport aggrave la pauvreté. En outre, le coût des transports pèse sur les ménages qui ont déjà des difficultés financières", ajoute-t-elle.

Selon le tout dernier Rapport des Nations Unies sur le développement humain Report, environ un tiers de la population du pays vit avec moins de deux dollars par jour.

Pour le gouvernement sud-africain, le lien entre pauvreté et mobilité ne fait pas de doute. D'ici à 2015, les autorités ambitionnent de fournir près d'un million de bicyclettes grâce à un programme baptisé "Shova Kalula" (qui signifie "Pédaler à l'aise" en Zulu).

Les bénéficiaires prioritaires sont les femmes, les travailleurs de la santé et les enseignants. Malgré cette initiative, changer les mentalités prendra encore du temps. "C'est difficile", reconnaît Norexe, "parce que les gens des zones rurales restent attachés à leurs traditions. Bien que ma femme roule à vélo au Cap et porte des pantalons, elle ne peut le faire en présence de mon père", confie-t-il.

(* Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS-Inter Press Service et IFEJ-Fédération internationale des journalistes environnementalistes). (FIN/2007)

 

 

 

  Dernières Nouvelles
News in RSS
DEVELOPPEMENT: Nous devons penser autrement à la "sécurité"
AUSTRALIE: Le port de Newcastle bloqué par les Guerriers du changement climatique
IRAN: L’examen d’un document clé à l’AIEA suggère un coup d’Israël
PAKISTAN: Les Ahmadis confrontés à la mort ou à l’exil
ETATS-UNIS: Le budget de la défense peut accroître alors que le public est fatigué de la guerre
OPINION: Il faut l’innovation pour aider les fermes familiales à prospérer
CISJORDANIE: Israël envisage une expulsion massive des Bédouins de la région
ENVIRONNEMENT: Le bambou pourrait être un sauveur face au changement climatique
ETHIOPIE: Le pays montre la voix pour faire prospérer une économie verte
AFRIQUE: Evaluer comment le changement climatique affecte la sécurité alimentaire
More >>