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EGYPTE
La reconquête du désert, le plus grand espoir du pays - ou un mirage?
Leslie-Ann Boctor*

LE CAIRE , 4 août (nn Boctor* - IPS/IFEJ ) - ''Vous pouvez cultiver n'importe quoi ici'', déclare Mohamed Ahmed, âgé de 76 ans, écartant grandement ses bras pour montrer du doigt des bougainvilliers en cascade et un verger de manguiers s'abaissant avec des fruits. Mais, ''Quand je suis venu ici pour la première fois, il n'y avait rien ici sauf du sable et encore du sable''.

Le paysage luxuriant qui l'entoure est situé sur la route reliant la capitale égyptienne, Le Caire, à la cité côtière d'Alexandrie. Ahmed a laissé ses origines traditionnelles bédouines dans la péninsule du Sinaï pour venir dans cette région sur la promesse du travail, et encouragé par l'annonce audacieuse du président d'alors, Anouar Sadat, de conduire l'Egypte pour conquérir le désert. Il a trouvé un emploi au Centre de développement du désert, un organe de recherche dirigé par l'Université américaine au Caire.

Trente ans après, l'Egypte continue de reconquérir le désert, pour donner du travail et d'espace vital à sa population en expansion. Toutefois, certains économistes et environnementalistes craignent que les tentatives du pays pour verdir le désert ne soient peu judicieuses.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture estime qu'environ 96 pour cent de l'Egypte est couvert par le désert du Sahara, avec la terre restante, plus fertile, concentrée le long du fleuve Nil qui serpente à travers la moitié orientale du pays. Bien que la vallée du Nil ne représente que quatre pour cent de la superficie de l'Egypte, elle abrite pratiquement tous les 79 millions de résidents de cette nation de l'Afrique du nord; et, le surpeuplement dans la vallée semble avoir commencé par empirer, étant donné que la population de l'Egypte devrait doubler d'ici à 2050.

Cette situation a poussé les autorités à développer des programmes pour une re-localisation à grande échelle sous les auspices du projet Toshka. L'espoir est que pendant la prochaine décennie, quelque six millions d'Egyptiens se déplaceront de la vallée du Nil vers la terre reconquise dans le sud-ouest de l'Egypte, où ils produiront du blé, du coton et d'autres produits -- et trouveront du travail dans l'industrie légère. Des estimations officielles mettent le taux du chômage à 9,3 pour cent.

La terre sera irriguée avec de l'eau amenée par une canalisation en provenance du Nil à environ 300 kilomètres plus loin, et des sources souterraines. Conformément au programme ambitieux de 70 milliards de dollars, des dirigeants ont l'intention de reconquérir 1,4 million d'hectares des 95,5 millions d'hectares approximatifs de désert du pays dans les dix prochaines années.

Le projet Toshka a déjà vu la construction de la station de pompage d'eau la plus grande du monde dans le Désert occidental, une partie du Sahara -- une réalisation qui a été inaugurée l'année dernière par le président Hosni Mubarak. Localisée à 1.300 kilomètres au sud-ouest du Caire, la station pompe 14,5 millions de mètres cubes d'eau quotidiennement du lac Nasser, situé en amont du barrage d'Assouan, proche de la frontière de l'Egypte avec le Soudan.

''L'Egypte a besoin d'utiliser le désert pour faire face à l'accroissement immense de sa population. Nous devons également utiliser le désert pour produire des vivres dont nous importons actuellement la grande majorité'', déclare Adly Bishai, fondateur du Centre du développement du désert.

Toutefois, des critiques disent que l'objectif de 1,4 million d'hectares n'est pas réaliste, et estiment que seule la moitié de cette quantité de terre peut être reconquise si les niveaux d'eau dans le Nil demeurent constants.

Il y a également un grand point d'interrogation au sujet de la durabilité à long terme de cette utilisation du désert.

On estime que le projet Toshka exigera cinq à neuf milliards de mètres cubes d'eau supplémentaires par an. Des dirigeants affirment que l'utilisation accrue de l'eau du Nil que ce projet nécessitera peut être compensée par un milliard de mètres cubes d'eau de pluie, 7,5 milliards de mètres cubes d'eau de la nappe phréatique et cinq milliards de mètres cubes d'eau de drainage agricole recyclée.

Si toutefois, quelque chose devrait mal tourner avec ces sources d'eau de substitution, le projet pourrait se voir manquer d'approvisionnement -- vu que l'Egypte utilise déjà la totalité de son allocation de 55 milliards de mètres cubes d'eau du Nil par an, accordée conformément au Traité du Nil de 1959.

Etant donné que l'Ethiopie et le Soudan ont exprimé leur volonté d'avoir une plus grande part des eaux du Nil, même ce quota peut être menacé à un certain point. La répartition de l'eau dans le bassin du Nil est une source de controverse dans la région.

De plus, des questions ont été soulevées quant à la qualité de la terre reconquise pour l'usage agricole.

Des décennies de recherche au Centre de développement du désert ont engendré des pratiques durables permettant au sol du désert de donner des productions impressionnantes, comme le montre la moisson abondante dans le verger que Ahmed a indiqué d'un geste.

Cependant, selon des estimations indépendantes, il faut 100 hectares de terre reconquise pour égaliser le rendement d'un hectare de sol du Nil existant (ironie du sort, l'extension urbaine et l'industrie ont actuellement envahi une grande partie de la vallée du Nil).

Avec le secteur agricole qui contribue à moins de 25 pour cent au revenu national de l'Egypte tandis qu'il représente 88 pour cent de la consommation d'eau du pays, il y a également des inquiétudes au sujet de la motivation économique d'établir des champs dans le désert.

D'autres soutiennent qu'on n'aurait pas eu besoin du projet Toshka si l'Egypte avait insisté sur une utilisation adéquate de l'eau dans l'agriculture.

L'irrigation par l'inondation est utilisée dans au moins 70 pour cent des terres cultivées de l'Egypte; mais, c'est un procédé inefficace, résultant en un gaspillage d'environ 80 pour cent de l'eau utilisée -- quelque chose que Bishai qualifie de ''complètement, complètement erroné''.

Cette situation est encouragée par le fait que le gouvernement n'exige pas des citoyens de payer le coût total de l'eau. Selon le système actuel, des agriculteurs ne sont pas facturés pour la livraison, l'utilisation ou le drainage de l'eau d'irrigation -- et il n'existe pas de compteurs dans les appartements du Caire. Des factures d'eau sont plutôt basées sur le nombre de chambres dans un appartement.

Des terrains de golfe et des pelouses luxuriantes des communautés de grande classe résidant dans les villes égyptiennes constituent d'autres exemples de la gestion problématique de l'eau dans ce pays désertique.

L'écologiste du désert Mostafa Saleh croit que les autorités devraient mettre plus l'accent sur l'écotourisme dans leurs efforts d'assurer un avenir pour les Egyptiens.

''La valeur d'une oasis en tant qu'attraction peut rapporter plus d'argent que 4.000 acres de champs de riz... et c'est certainement plus durable'', affirme-t-il.

''Plutôt que de produire quelque chose que vous pouvez obtenir pour un centième du coût ailleurs, nous devrions utiliser cette eau, qui est un produit de valeur, pour maximiser le revenu des populations égyptiennes'', ajoute Saleh, qui a mené des études de faisabilité pour l'Autorité du tourisme de l'Egypte sur la valeur des programmes de reconquête de terre, comparée à celle des projets d'écotourisme.

L'une des quelques éco-lodges de l'Egypte, Adrere Amellal (''Montagne blanche'' dans la langue berbère) dans l'oasis occidentale de Siwa, a gagné la reconnaissance internationale pour ses pratiques durables. La loge est l'invention personnelle de Mounir Neamatalla -- président d'une entreprise de consultation égyptienne, 'Environmental Quality International' (Internationale de la qualité de l'environnement) -- qui qualifie les tentatives de reconquête du désert de ''transgression gigantesque'' dans la gestion des ressources.

''Nous considérons le désert comme l'ennemi que nous devons combattre d'une certaine manière. Mais au lieu de conquérir le désert, nous devrions nous demander comment nous pouvons vivre en harmonie avec lui. Au lieu de verdir le désert, jouissons-en tel qu'il est. Il y a une immense valeur économique dans le désert sans eau''.

Il semble que l'approche consciencieuse d'Adrere Amellal d'abandonner la vie du désert a eu un effet d'entraînement sur la communauté de Siwa. Des autorités locales ont récemment décidé de réduire un projet de reconquête de terre de 250.000 acres à 25.000 acres, une réduction acclamée par Neamatalla comme ''mieux vaut tard que jamais''.

Toutefois, pour le moment, Toshka semble évoluer indépendamment des préoccupations environnementales et économiques.

Quand il a approuvé premièrement le projet il y a une décennie, Mubarak s'est tenu sur le rivage du lac Nasser et avait décrit l'initiative comme marquant le début ''d'une ère où nous sortons enfin des limites étroites de la vallée du Nil''.

Mais, ces limites peuvent s'avérer même plus difficiles d’y échapper qu'on ne l’avait pensé au départ.

(* Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS -- Inter Press Service et IFEJ, la Fédération internationale des journalistes environnementalistes). (FIN/2007)

 

 

 

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