Inter Press Service News Agency
17:38 GMT    
   Accueil
   Afrique Australe
   Afrique Centrale
   Afrique de l'Est
   Afrique
            de l'Ouest
   Droits de
            l'homme
   Développement
   Environnement
   Population
   Santé
   Education
   Finance
   Politique
   Energie
   Culture
 
 
   ENGLISH
   ESPAÑOL
   FRANÇAIS
   ARABIC
   DEUTSCH
   ITALIANO
   NEDERLANDS
   PORTUGUÊS
   SUOMI
   SVENSKA
   SWAHILI
   TÜRKÇE
RSS / SML
PrintSend to a friend

Q&R
"Paysans et éleveurs africains ne sont pas souvent prêts à travailler ensemble"
Interview avec Franziska Kaguembèga-Müller

COTONOU, 30 juin (IPS) - Franziska Kaguembèga-Müller, à l’instar d’Henri Girard avec qui IPS a réalisé et diffusé une interview le 30 mai 2007, est une occidentale éprise de l’Afrique. Mariée à un Burkinabè, elle vit et travaille au Burkina Faso où elle a fondé ‘’newTree-nouvelarbre’’, engagée dans la lutte contre la désertification.

C’est dans le cadre de ses recherches de fin d’étude en biologie qu’elle a eu son premier contact avec l’Afrique de l’Ouest en 1997. Après une expérience enrichissante de travail au Bénin où elle a mis en place un projet de reboisement et une pépinière, elle a aussi mis sur pied, au Burkina Faso, en 2003, un programme de développement rural dont elle assure la coordination sur place.

Elle est titulaire d’un Masters’ en développement rural obtenu au Burkina Faso et en Suisse en 2004-2005.

Avec Michée Boko de IPS, Kaguembèga-Müller évoque dans cette interview son expérience de travail avec les agriculteurs et parle des techniques pour faire régénérer les sols et faire pousser les arbres.

IPS: Franziska Kaguembèga-Müller, c’est quoi ‘’nouvelarbre’’? Une organisation non gouvernementale (ONG)? Une association? Comment est né ‘’nouvelarbre’’?

Franziska Kaguembèga-Müller (FKM): ‘’newTree-nouvelarbre’’ est une ONG de Suisse officiellement reconnue en Suisse et au Burkina Faso dont j’étais cofondatrice à sa création en octobre 2001. Mais l’idée de lutter pour un meilleur environnement, améliorer le niveau de vie des populations locales, est née bien avant, en 1998. L’ONG ‘’newTree-nouvelarbre’’ a été créée pour structurer et assurer notre programme.

IPS: En quoi consiste le travail de ‘’newTree-nouvelarbre’’? Vous travaillez sur le terrain avec des paysans, des éleveurs…

FKM: L’intervention de ‘’newTree-nouvelarbre’’ consiste essentiellement à réaliser des infrastructures de protection pour permettre une régénération naturelle d’une flore locale. De plus, ‘’newTree’’ forme des partenaires pour une gestion durable des forêts naissantes qui génèrent non seulement de la nourriture, des médicaments traditionnels, des terres fertiles, mais aussi des activités génératrices de revenus grâce aux produits ligneux et non ligneux.

Les populations partenaires (familles et groupements villageois féminins) sont à la base de toutes les actions. D’abord, la décision de protéger les surfaces dégradées relève d’elles-mêmes et elles déterminent les zones à protéger et les activités à poursuivre. En plus, elles fournissent les agrégats et toute la main d’œuvre pour installer les clôtures (creusage, mise en place des poteaux et tissage du grillage sur place). La surveillance et la maintenance des clôtures font également partie de leurs tâches. L’avenir et le succès des sites sont dans leurs mains, nous les assistons en formation technique et leurs apportons un soutien en équipements.

IPS: Sur votre site Internet, il est inscrit ‘’la terre nue se transforme en forêt’’. Expliquez-nous un peu ce processus.

FKM: La récupération des terres dégradées sans protection efficace est difficile. La végétation naturelle et les arbres plantés n’ont pas beaucoup de chance de grandir car la pression de l’homme, et des animaux en divagation qui broutent les jeunes pousses, est forte. A l’abri de toutes ses pressions, la flore locale, même la faune se reconstituent. Nous faisons des inventaires d’arbres réguliers dans nos sites où nous constatons une régénération et une croissance rapide de la végétation.

IPS: Quels sont les résultats dont vous êtes le plus fiers et ceux qui vous ont le plus déçus?

FKM: Après quatre années d’intervention, nous avons pu protéger durablement plus de 150 hectares repartis dans des bosquets familiaux de deux à trois, voire six hectares. Les premiers sites sont devenus de petites forêts riches en espèces animales et végétales locales dont se servent les populations pour se nourrir et se soigner. Ils leur permettent également d’avoir des produits ligneux et non ligneux à vendre.

De plus nous avons commencé à introduire l’apiculture dans nos activités, ce qui donne des revenus importants aux populations.

Aujourd’hui, des arbres en voie de disparition poussent dans nos enclos et la biodiversité se trouve ainsi sauvegardée.

Ce dont je suis déçue, ce sont les actes des malfaiteurs qui veulent détruire notre œuvre par des vols ou autres actes malveillants. Heureusement, nous n’en avons pas eu trop de destructions car les partenaires sont chargés de surveiller non seulement la clôture, mais aussi la forêt naissante…

IPS: C'est à dire que de façon indirecte, ‘’nouvelarbre’’ s’est donné pour mission de lutter contre la désertification…

FKM: Compte tenu de la forte dégradation des terres, surtout dans le centre et dans le nord du Burkina Faso, nous sommes convaincus que si les forêts naissantes, même petites, sont protégées, elles peuvent créer des bases de vie solides pour ces familles rurales qui constituent une couche vulnérable aux aléas climatiques.

IPS: Comment réagissent les populations à votre action?

FKM: Nous sommes actuellement submergés par de nouvelles demandes de clôtures. Mais nous avons des critères assez stricts pour sélectionner les plus motivés pour ce partenariat. Nos partenaires sont en général très contents de leurs sites et chacun, compte tenu de ses objectifs, s’investit à son rythme dans l’entretient de son bosquet.

IPS: Etes-vous en association ou en collaboration avec l’Etat burkinabé?

FKM: Les services techniques de l’Etat sont informés de nos activités et ils apprécient nos démarches. Mais il n’y a pas une collaboration en tant que tel. Quelques forestiers donnent de temps en temps des conseils techniques à nos partenaires dans les villages.

IPS: Outre le Burkina Faso, intervenez-vous dans d’autres pays africains?

FKM: ‘’newTree-nouvelarbre’’ intervient toujours dans le programme de reboisement du nord-ouest du Bénin qui est maintenant géré par une équipe nationale qui s’appelle ‘’Jura Afrique’’. De plus, nous avons une collaboration avec une ONG, qui s’appelle Toker, et qui a commencé des activités de protection de la nature en Erythrée.

IPS: A votre avis, les pays africains sont-ils tous conscients des dangers de la désertification si vous devez les juger par leurs actions?

FKM: Je crois qu’ils sont conscients car la population rurale vit ce danger tous les jours. Ils luttent contre la désertification selon leurs moyens et connaissances, ce qui n’est souvent pas suffisant. Par contre, les représentants de l’Etat intervenant en milieu rural peuvent faire beaucoup mieux compte tenu des moyens et les connaissances techniques dont ils disposent.

IPS: Quelles sont, à votre avis, les insuffisances de la lutte contre la désertification en Afrique?

FKM: Il y a beaucoup de projets mise en place pour lutter contre la désertification, mais souvent ils ne sont pas réellement intéressés à travailler efficacement contre ce phénomène. Sinon, vu tout l’argent qui est investi dans cette lutte depuis longtemps, le Sahel devrait déjà être vert.

Selon moi, tant qu’on n’a pas résolu le problème de divagation des animaux dans le Sahel, un reboisement sans une protection efficace ne peut pas porter de fruits. De plus, les paysans et les éleveurs d’Afrique de l’Ouest ne sont pas souvent prêts à travailler ensemble pour de telles activités. Ils préfèrent travailler pour eux-mêmes et avoir leur autonomie.

IPS: L’espoir est-il permis malgré tout?

FKM: Le Sahel est plein d’espoir et de richesses, mais il faut chercher à régler les problèmes à leur racine et trouver des solutions durables en collaboration étroite avec les populations locales. Sinon, les changements climatiques vont nous étouffer, non seulement dans le Sahel, mais aussi sur toute la terre. (FIN/2007)

 

 

 

  Dernières Nouvelles
News in RSS
DEVELOPPEMENT: Nous devons penser autrement à la "sécurité"
AUSTRALIE: Le port de Newcastle bloqué par les Guerriers du changement climatique
IRAN: L’examen d’un document clé à l’AIEA suggère un coup d’Israël
PAKISTAN: Les Ahmadis confrontés à la mort ou à l’exil
ETATS-UNIS: Le budget de la défense peut accroître alors que le public est fatigué de la guerre
OPINION: Il faut l’innovation pour aider les fermes familiales à prospérer
CISJORDANIE: Israël envisage une expulsion massive des Bédouins de la région
ENVIRONNEMENT: Le bambou pourrait être un sauveur face au changement climatique
ETHIOPIE: Le pays montre la voix pour faire prospérer une économie verte
AFRIQUE: Evaluer comment le changement climatique affecte la sécurité alimentaire
More >>