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Q&R
"Les mathématiques sont indispensables pour la technologie moderne"
Interview avec le Prix Nobel Reinhard Selten

YAOUNDE , 25 juin (IPS) - Reinhard Selten, Prix Nobel d'économie en 1994, a pris part à un colloque sur les mathématiques, organisé ce mois à Yaoundé, la capitale du Cameroun. Né en 1930 à Breslau (aujourd'hui Wroclaw) en Allemagne, Selten a reçu le Prix Nobel d'économie avec John Harsanyi et John Nash, pour ses travaux sur la théorie des jeux.

Connu également pour ses travaux sur la rationalité limitée, cet économiste de renom a enseigné, pendant une trentaine d'années, dans les universités allemandes de Frankfurt, de Bonn, de Bielefeld, de Berlin (où il est professeur émérite), et de Berkeley (aux Etats-Unis). Selten s'est entretenu avec le correspondant de IPS au Cameroun, Raphaël Mvogo.

IPS: Qu'est-ce qui justifie votre participation au colloque dont le thème est "Mathématiques et applications, honneur au professeur Joël Moulen", à Yaoundé? (Moulen, 71 ans, est le fondateur de l'Ecole camerounaise de mathématiques appliquées aux sciences sociales. Il a été chancelier de l'Université de Yaoundé et également ministre).

Reinhard Selten (RS): J'ai été invité par le professeur Joël Moulen, que j'ai eu à encadrer comme étudiant. Il faisait ses études à Lyon, en France (dans les années 1970), mais il venait me rencontrer à Bielefeld, pour solliciter mes compétences dans le cadre de la rédaction de sa thèse de doctorat.

IPS: Qu'est-ce que les mathématiques peuvent apporter au développement des pays africains?

RS: Les mathématiques sont indispensables pour la technologie moderne. Par exemple, une compagnie d'assurance a besoin des mathématiques pour exercer son activité. On ne peut pas construire un hôtel sans les mathématiques. Les statistiques appliquées interviennent dans cette activité. Sans les mathématiques, on ne peut pas non plus construire les ponts. Les mathématiques sont la base de beaucoup de sciences. La physique utilise les mathématiques et la technologie, c'est la physique appliquée.

IPS: Compte tenu des retards de développement observés ça et là, peut-on dire que les pays africains ont conscience de l'importance des mathématiques?

RS: L'Afrique, généralement, a un retard pour des raisons structurelles. Il y a des pays qui étaient de bons Etats, comme le Zimbabwe. Ces pays sont minés par la corruption. Vous avez d'autres exemples en Amérique latine, avec des pays qui, dans les années 1900, étaient très riches. C'est le cas de l'Uruguay. La croissance démographique freine également le développement. Sans le contrôle de ce phénomène, on ne peut pas surmonter le retard. Or, beaucoup de pays africains font, par ailleurs, face à ce problème.

IPS: Quelle était votre contribution au colloque de Yaoundé?

RS: J'ai animé une conférence sur l'économie expérimentale. Très souvent, les gens ne savent pas ce que c'est.

IPS: Justement, qu'est-ce l'économie expérimentale?

RS: L'économie expérimentale consiste à étudier les comportements économiques des personnes.

IPS: Est-ce que vous enseignez encore?

RS: Je n'enseigne plus depuis dix ans, j'ai 76 ans. Actuellement, je suis très occupé par mes recherches.

IPS: Sur quoi portent-elles, vos recherches?

RS: Nous faisons des recherches expérimentales. Quelquefois des recherches appliquées. L'intérêt principal, c'est la recherche de base : comprendre les comportements économiques des personnes.

IPS: A quoi voulez-vous aboutir?

RS: La recherche a des questions dont on ignore parfois les réponses. Je ne peux pas dire à quoi mes travaux vont aboutir. Il est une chose, beaucoup de questions d'économie, de développement souffrent d'un grand problème, c'est que la rationalité est limitée. L'économie traditionnelle est basée sur l'idée d'homo economicus. Souvent, la théorie fait des prédictions fausses. Au cours des 20, 30 dernières années, l'économie expérimentale était concentrée sur les questions de motivation. La théorie supposait que chaque personne maximise son propre bien-être. Elle s'est révélée fausse. La majorité des hommes n'est pas extrêmement égoïste.

IPS: Qui vos recherches intéressent-elles?

RS: Elles intéressent d'autres économistes. Dans les mathématiques, on fait des recherches qui n'ont pas d'application immédiate, mais dont les résultats deviennent importants plus tard. L'application vient après la recherche de base. Quand Einstein a inventé la théorie de la relativité, il n'y avait pas d'application initialement. Aujourd'hui, il y a des applications.

IPS: Votre Prix Nobel d'économie est-il synonyme de consécration?

RS: Mon travail était connu avant le prix. C'était étrange pour moi de recevoir ce prix. Je ne m'expliquais pas ce qui arrivait. Pendant quelques mois, je n'ai pas pu gérer l'effet émotionnel.

IPS: Votre stature a-t-elle augmenté?

RS: Je ne me sens pas plus important qu'avant. Je reste la même personne.

IPS: Ce prix vous amène-t-il néanmoins à jouer un rôle particulier dans votre pays et dans le monde?

RS: Je ne veux pas un rôle politique. Je veux faire ce que je peux bien faire. Je veux faire des recherches. Beaucoup d'économistes ont deux ambitions : devenir riche, par spéculation, et être consulté par le gouvernement. Ce n'est pas mon cas. Mon ambition est de contribuer à une meilleure compréhension des comportements économiques de base.

IPS: Les autorités de votre pays vous consultent-elles?

RS: Non, je ne suis pas du tout consulté. Le Prix Nobel n'a pas la même signification en Allemagne qu'en France par exemple. Peut-être que les autorités de mon pays estiment qu'elles n'ont pas besoin de moi, que je n'ai rien à leur apporter. (FIN/2007)

 

 

 

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