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ENVIRONNEMENT-TOGO
"Il y a beaucoup d’arbres! Ça ne va jamais finir!"
Noël Kokou Tadegnon

LOME, 22 juin (IPS) - Dans le village de Yoto Kopé, dans le sud du pays, les femmes revenaient de la brousse, les mains totalement noires, le visage barbouillé de poussière noire, des bassines remplies de charbon de bois sur la tête. ‘’Nous revenons de la brousse où nous brûlons des arbres pour faire du charbon de bois’’, renseigne celle de tête, Akoua Amouzouvi.

‘’C’est notre activité de tous les jours’’, avoue-t-elle. Tout comme elle, plusieurs femmes dans différentes régions du Togo s’adonnent à la fabrication et à la vente du charbon de bois.

Elles ont de nombreux clients qui viennent tous les jours s’approvisionner auprès d’elles, les plus gros et réguliers clients leur viennent directement de la capitale, Lomé, ou des grandes villes togolaises.

C’est dire que ce sont des dizaines d’arbres que ces femmes massacrent tous les jours dans l’ignorance totale car pour obtenir du charbon de bois, elles brûlent d’abord beaucoup d’arbres. L’idéal, ce sont les plus gros car ils sont les meilleurs.

Les spécialistes estiment que pour obtenir un kilo de charbon, il faut d’abord brûler jusqu'à dix kilos de bois. Et c’est là tout le danger de cette activité pour la survie des forêts et des plantations.

Le bois est considéré comme une denrée hautement stratégique pour les Togolais car plus de 80 pour cent de la population utilisent cette source pour satisfaire leurs besoins en énergie domestique, indique le ministère de l’Environnement.

La consommation individuelle de bois et de charbon dans le pays est estimée à 347 kilogrammes par an, ce qui fait un peu moins d’un kilo de bois utilisé par jour et par habitant, selon le même ministère.

Mais Amouzouvi et ses paires n’ont aucune idée des effets de leur activité l’environnement local. Selon elles, il n’y a pas de raison de se soucier des conséquences de leur activité sur la nature. Les arbres, il y en a plein et il y en aura toujours, semblent-elles dire.

‘’Il y a beaucoup d’arbres et ça ne va jamais finir. Quand c’était fini de ce coté-ci, nous avons juste avancé un peu pour trouver d’autres arbres de l’autre côté et ces arbres datent de l’époque de nos arrières grands-parents’’, déclare Amouzouvi d’un air naïf.

Et pourtant, c’est en train de finir. En guise d’exemple, le Plan d'action forestier national du Togo a estimé qu'en 1970, la forêt dense couvrait 449.000 hectares. En 1990, soit deux décennies plus tard, elle n'était plus que de 140.000 hectares.

Selon le ‘’Rapport sur les données du bois énergie au Togo’’, publié en mars 2001, la consommation totale de charbon de bois en 1991 est estimée à 87.564 tonnes, ce qui équivaut, en réalité, à la destruction de 586.760 tonnes de bois.

Il est presque certain que les chiffres sont bien plus alarmants de nos jours mais les autorités du ministère togolais de l’Environnement n’ont malheureusement pas pu fournir à IPS des statistiques plus récentes que celles-là.

Le ministre de l’Environnement et des Ressources forestières assurent que les efforts en matière de gestion durable des forêts se concrétisent par la création d’aires protégées, de forêts classées, de parcs et réserves de faune, et de périmètres de reboisement qui constituent un facteur très important de protection des écosystèmes forestiers.

‘’Les aires protégées couvraient une superficie totale de près de 800.000 hectares en 1990, soit environ 14 pour cent du territoire national’’, a indiqué Issifou Okoulou-Kantchati.

Pour ne pas regarder détruire tout le patrimoine forestier du pays, les autorités togolaises ont pris d'autres dispositions pour lutter contre la déforestation aussi.

Outre la journée de l’arbre, le 1er juin de chaque année, instituée depuis 1977, pour inciter la population à planter des arbres, le Togo a lancé, en 1990, un ‘’Programme de développement forestier’’ qui comprend la promotion des plantations communautaires et scolaires dont la fonction sera de répondre aux besoins de la population en bois d’énergie, bois de service et bois d’œuvre.

Le ministre de l’Environnement Okoulou-Kantchati déclare que son département ministériel travaille pour arriver à une mobilisation plus accrue de la population afin de réussir leur lutte contre la désertification.

Outre ce programme, Okoulou-Kantchati incite chaque Togolais à avoir une plantation privée, et à défaut, à mettre, chaque année, au moins un plant en terre pour marquer son existence.

Mieux, depuis septembre 2005, l'exportation et la réexportation du charbon du bois du Togo sont interdites et tout exportateur de charbon de bois est amendé au triple de la valeur de sa marchandise.

Cette mobilisation n’a visiblement pas encore touché des gens comme Amouzouvi et ses collègues qui ignorent que leur activité de carbonisation est le prélude à la désertification. En effet, moins il y a d’arbres, plus le risque est grand de voir les terres se dégrader.

Il faudra encourager l’utilisation d’une énergie alternative pour résoudre ce problème, estime Kouami Kokou, enseignant à l’université de Lomé et consultant de l’Organisation internationale des bois tropicaux. La meilleure alternative à ses yeux semble être le gaz, mais de ce côté-là, la mayonnaise tarde à prendre.

‘’Le nombre de personnes qui utilisent le gaz au Togo est pour le moment trop faible’’, déplore-t-il. A peine 20 pour cent des Togolais utilisent le gaz pour satisfaire leurs besoins en énergie domestique. Il invite alors l’Etat togolais à plus d’effort pour subventionner le produit et le rendre disponible. (FIN/2007)

 

 

 

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