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COTE D’IVOIRE
Les forêts sacrées ne sont plus sacrées
Fulgence Zamblé

ABIDJAN, 16 juin (IPS) - Bien que bénéficiant d’une protection culturelle et religieuse, les forêts sacrées ivoiriennes ne sont plus sacrées. Elles subissent de plus en plus une forte pression démographique qui conduit à leur dégradation progressive, voire à leur destruction.

‘’Est considéré comme forêt sacrée toute forêt dans laquelle seuls des initiés sont autorisés à entrer’’, explique Hilaire Gnohité, président de l’ONG Croix verte, basée à Abidjan.

En Côte d’Ivoire, il existe trois types de forêt sacrée : les forêts sacrées fermées, les forêts sacrées ouvertes et les forêts sacrées semi-ouvertes, la différence tenant aux rites initiatiques qu’il faut subir avant d’y pénétrer.

Dans la région de Korhogo (nord du pays), chaque village dispose au moins d’une forêt sacrée.

‘’Nous avons hérité ces forêts de nos ancêtres. Elles abritent les cérémonies traditionnelles et servent de lieu d’initiation de nos descendants. Ces forêts nous permettent également de préserver nos acquis ancestraux’’, confie à IPS, Namogo Soro, cultivateur dans le village de Benguébougou (sous-préfecture de Korhogo).

Il est interdit à quiconque de s’aventurer en ces lieux s’il n’a pas subi des rites initiatiques sacrés.

Vous comprenez donc qu’il est également impossible de venir y couper du bois à des fins commerciales. Nous nous donnons également pour mission de préserver l’environnement, ajoute Soro.

‘’Par le passé, la tradition était parvenue, grâce aux interdits, à sauver de la destruction les forêts sacrées’’, déclare à IPS l’ethnologue ivoirien Marcel Gnando.

La Côte d’Ivoire a ainsi réussi à protéger, jusqu’à il y a dix ans, 6.702 forêts sacrées, qui couvrent une superficie globale de 36.434 hectares, rapporte Gnohité de la Croix verte.

Seulement, poursuit-il, ces forêts sacrées font face à une pression démographique et socio-économique de plus en plus aiguë.

En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, les bonnes terres sont recherchées. En effet, le marché lucratif du cacao a poussé les cultivateurs à exploiter illégalement des terres situées dans les forêts protégées, notamment à l’ouest du pays.

Ibrahim Savané, professeur de Sciences de gestion de l’environnement à l’Université d’Abobo-Adjamé, à Abidjan, dévoile à IPS l’un des procédés d’occupation des forêts en Côte d’Ivoire.

‘’Tout autour des forêts, on constate que de nombreux espaces sont exploités par les paysans pour leurs champs. Mais, petit à petit, trompant la vigilance de tous, l’exploitant se retrouve à l’intérieur de la forêt, exploitant de nouvelles terres de culture’’, dit-il.

Plus les besoins augmentent, plus l’aspect culturel et sacré leur échappe, ce qui laisse la voie ouverte à l’exploitation de toutes les forêts, même des forêts sacrées, explique Savané.

‘’Dans ces forêts, près d'un demi-million de cultivateurs et leurs familles sont installés sous l’œil complaisant de l’Etat’’, déclare-t-il.

L’Etat les laisse faire peut-être parce qu’ils produisent chaque année près de 15 pour cent de la production nationale de cacao, ceci malheureusement au prix de l’abattage des arbres, et de la destruction au moyen du feu, souligne-t-il.

C’est ainsi qu’en mai 2007, un feu de brousse a ravagé une bonne partie de la forêt sacrée d'Ira, dans le nord-est du pays, une forêt qui couvrait une superficie de 16.431 hectares.

Quelques jours plus tard, dans le même mois de mai, près de 100 hectares de forêt ont été détruits par le feu dans la forêt sacrée de Yallo, dans l’ouest du pays. La principale motivation des auteurs de ces actes, selon les autorités régionales, est la quête de nouvelles terres cultivables.

Voilà pourquoi Savané recommande à l’Etat ivoirien de mettre fin à l’exploitation des terres autour de toutes les forêts, qu’elles soient sacrées ou non.

‘’C’est dommage, si on y avait pensé un peu plus tôt, on aurait sauvé de la destruction des dizaines de milliers d’hectares de forêt. Il est aujourd’hui impérieux de mettre en place une politique nationale de préservation des forêts sacrées’’, propose-t-il.

Cependant, tout n’est pas encore perdu. Certaines régions du pays ont admirablement réussi à protéger ces lieux sacrés en les ouvrant au public comme c’est le cas à Man, dans l’extrême nord-ouest du pays.

‘’Certaines de nos forêts sacrées sont aujourd’hui devenues des sites touristiques. Elles abritent des ponts de lianes qui attirent toujours beaucoup de visiteurs’’, déclare à IPS Arsène Tétialy, un notable de la région.

Exceptionnellement, des autorisations sont accordées aux tradi-praticiens initiés pour aller y cueillir des plantes médicinales dont ces lieux regorgent d’ailleurs. Des chercheurs aussi sont autorisés à y pénétrer pour les besoins de leurs travaux, rapporte Tétialy.

‘’Les forêts sacrées constituent des patrimoines vitaux pour nos populations. Si elles sont préservées, elles peuvent constituer un frein à la désertification’’, soutient Savané.

Il faut rappeler que le monde entier célèbre ce dimanche 17 juin la journée mondiale de lutte contre la désertification dont le thème cette année est ‘’Désertification et changement climatique : un défi mondial’’.

La déforestation étant le prélude à la désertification, il n’y pas meilleure occasion que celle de cette journée pour attirer l’attention de tous sur ce qui est une cause majeure de désertification, la destruction des forêts, même des forêts sacrées, longtemps protégées par les traditions ancestrales africaines. (FIN/2007)

 

 

 

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