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Q&R
''Nous voulons que tout le monde vienne avec un drapeau blanc et parle de paix''
Interview avec Mohamed Ali Nur

NAIROBI , 4 juin (IPS) - Des informations selon lesquelles une bombe contrôlée à distance a été utilisée pour attaquer un véhicule de l'armée éthiopienne le 30 mai à Beledweyne, dans le centre de la Somalie, ont rappelé encore la volatilité qui mine cet Etat de la Corne de l'Afrique.

Des forces éthiopiennes auraient tiré dans toutes les directions après l'explosion. Plus de quatre civils auraient trouvé la mort dans les feux croisés tandis que cinq soldats auraient été blessés dans l'explosion.

Addis Abéba a envoyé des troupes pour aider le gouvernement intérimaire de son voisin de l'est l'année dernière, en réponse au pouvoir croissant de l'Union des tribunaux islamiques (UIC) -- un système qui est apparu dans les années 1990 en vue de ramener l'ordre dans la capitale somalienne, Mogadiscio, et dans d'autres régions. Le pays a sombré dans le chaos après le renversement du dictateur Mohamed Siad Barre en 1991, laissant les Somaliens à la merci des chefs de faction. Son gouvernement actuel n'a été formé qu'en 2004.

L'UIC a été expulsée de Mogadiscio en décembre par des forces éthiopiennes assistées des Etats-Unis, et était également renvoyée ailleurs (les autorités américaines et éthiopiennes accusent les tribunaux d'être liés au réseau des terroristes d'Al Qaeda -- une accusation que l'UIC rejette). Certains Somaliens ne sont pas d'accord avec la présence des troupes éthiopiennes sur leur territoire : les deux pays avaient eu par le passé une relation marquée par une dispute territoriale au sujet de la région d'Ogaden en Ethiopie.

Une fois que le calme est revenu à Mogadiscio, des attaques sporadiques continuent dans la capitale et dans d’autres parties de la Somalie : les immeubles du gouvernement sont visés -- de même que les troupes ougandaises du maintien de la paix déployées à Mogadiscio sous les auspices de l'Union africaine (UA). Environ 8.000 hommes de l'UA sont attendus pour remplacer les troupes éthiopiennes.

Malgré cette violence, l'ambassadeur de Somalie au Kenya, Ali Nur, paraît optimiste dans une interview avec la correspondante de IPS, Joyce Mulama.

IPS: Pourquoi cet optimisme?

Mohamed Ali Nur (MN): Je suis rentré de Mogadiscio la semaine dernière; j'y étais pour quatre jours. La capitale était très calme. Ce que j'ai vu est que la population locale nettoyait volontairement la ville. Je les ai vus couper les arbres, nettoyer les rues : ce qui prouve qu'ils n'ont pas peur de sortir.

Je pense que deux choses ont contribué à ce calme. Tout d'abord, il y a la volonté du Premier ministre et du président de parler aux anciens de Mogadiscio, leur faisant comprendre qu'ils ont besoin de se calmer et de travailler avec le gouvernement. Et il s'est avéré que les anciens ont parlé aux miliciens et qu'ils ont arrêté le combat. Seuls les fondamentalistes endurcis ont été isolés, finalement vaincus et ont dû quitter la ville -- et plusieurs d'entre eux ont été capturés. Les deux choses sont : le dialogue par le gouvernement et la défaite des combattants endurcis.

IPS: Malgré cela, les attaques continuent. Y a-t-il des plans pour maintenir le dialogue avec les insurgés?

MN: Les discussions se poursuivront jusqu'au 14 juin; les islamistes ou l'Union des tribunaux islamiques sont invités à participer en tant que somaliens. S'ils désirent venir, ils doivent le faire à travers leurs anciens -- et non en tant que groupe ou parti. Nous voulons que tout le monde vienne avec un drapeau blanc, qu'il parle de paix, qu'il pardonne son prochain et qu'il parle de comment reconstruire ce pays.

IPS: Quels sont les derniers développements concernant le déploiement des troupes supplémentaires de l'UA en Somalie?

MN: Le Nigeria, le Ghana et le Burundi sont les pays qui sont prêts à déployer des forces de maintien de la paix en Somalie. Nous avons parlé avec leurs gouvernements, et la raison qui justifie leur réticence à déployer les troupes est d'ordre logistique et financier. C'est la raison pour laquelle nous demandons à la communauté internationale de nous aider -- d'aider les pays qui veulent envoyer leurs troupes. Ils ont besoin d'avion pour les transporter en somalie.

IPS: Certains Somaliens ont une profonde antipathie pour l'Ethiopie. Votre gouvernement peut-il gagner sa légitimité pendant qu'il est soutenu par les forces éthiopiennes?

MN: Quand les troupes éthiopiennes sont arrivées en Somalie, même les habitants somaliens à Mogadiscio les ont accueillies. Mais il y a de petits groupes -- des fondamentalistes, qui ont d'autres plans -- qui disent que les Somaliens n'aiment pas les Ethiopiens. L'Ethiopie est un pays voisin, ils sont venus nous aider. Ils font partie de l'IGAD (l'Autorité inter-gouvernementale sur le développement), une organisation régionale. Je ne comprends pas cette histoire selon laquelle notre peuple ne les aime pas. Je ne partage pas cet avis.

Un autre exemple (de bonnes relations) est que le 27 mai, une ambassade éthiopienne a ouvert ses portes à Mogadiscio pour la première fois. Le ministre éthiopien des Affaires étrangères était à Mogadiscio pour l'inauguration, et un ambassadeur éthiopien a été nommé pour la première fois en 16 ans.

IPS: Qu'en est-il des allégations selon lesquelles le gouvernement encourage l'enracinement de la rivalité des clans? On dit que le président Abdullahi Yusuf favorise son clan Darod au détriment du Hawiye, le clan traditionnellement dominant.

MN: Ceci a été également exagéré. Si je suis du clan B et vous êtes du clan C, même s'il y a eu par le passé des années d'animosité et de lutte entre ces deux clans, cela ne veut pas dire que vous et moi ne pouvons pas parler. Le président est réellement en train de faire un travail sérieux du matin au soir : il parle aux anciens, les anciens des Hawiye à Mogadiscio. Ils viennent vers lui, des centaines parmi eux, et le président s'assied et discute avec eux. C'est une preuve de son habileté politique.

Je pense que certains ennemis donnent une autre image de ce problème. Il (le président) est d'un autre clan, mais il est le président de tout le pays. (FIN/2007)

 

 

 

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