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RWANDA
Gishwati, dévastée à cause du retour des victimes du génocide
Aimable Twahirwa et Michée Boko

KIGALI, 30 mai (IPS) - Gishwati, située dans le nord-ouest du Rwanda, ne ressemble plus à la région boisée qu’elle était il y a dix ans. Les magnifiques forêts naturelles garnies de grands arbres ont disparu, victimes de la folie dévastatrice des réfugiés retournés chez eux au lendemain du génocide.

Tout commence en 1996 avec le retour massif au pays d’environ deux millions de réfugiés dont beaucoup se sont installés dans la région de Gishwati.

Le génocide rwandais a eu lieu en 1994 et s’est soldé par plus de 800.000 victimes, essentiellement des Tutsi et des Hutus modérés, massacrés par des extrémistes Hutus qui contrôlaient le pouvoir à l’époque. Les autres membres de la communauté, pour sauver leur vie, ont dû prendre le chemin de l’exile.

Malheureusement, le retour des exilés a été presque fatal pour les forêts à Gishwati. A la recherche de nouvelles parcelles pour s’installer, ces réfugiés ont alors pris d’assaut les espaces naturellement boisés où ils se sont installés pour pratiquer l’agriculture et l’élevage.

Selon un document intitulé ‘’Rapport sur l’état des ressources forestières au Rwanda’’ rendu public en 2006 par le Fonds des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), sur les 28.000 hectares de forêts de Gishwati, il n’en reste aujourd’hui que 4.500.

Le ministère rwandais de la Terre, de l’Environnement et des Ressources forestières ajoute que la destruction de la forêt de Gishwati a également été l’œuvre des éleveurs car cette région du pays est habitée en grande majorité par des éleveurs de bétail.

Le ministre de la Terre pour sa part, Christophe Bazivamo, précise que cette frénésie destructrice s’est aggravée avec l’augmentation de la demande en bois de chauffe et en bois d’œuvre.

Selon les sources du ministère de la Terre, les Rwandais utilisent le bois pour satisfaire 95 pour cent de leurs besoins en énergie.

Les besoins en bois dans le milieu urbain sont estimés à 15 à 20.000 m3 par an, tandis que la consommation annuelle du milieu rural est de 400.000 m3, selon la même source officielle.

Du côté des populations, on pointe plutôt du doigt les autorités comme seuls responsables de la situation.

‘’L’abattage anarchique des arbres a été favorisé par la corruption et le vol au sommet de l’Etat à tel point que les autorités gouvernementales étaient impuissantes face au désastre’’, dénonce Madeleine Mbabazi, une quadragénaire vivant à Bigogwe, une ville commerciale de cette même région du nord-ouest du Rwanda.

La plupart des habitants des régions voisines de Gishwati rejettent également la responsabilité de la situation sur les autorités administratives locales accusées de complaisance dans l’attribution des parcelles au sein des forêts de Gishwati.

‘’Nous avons besoin que le discours politique rime avec les réalités sur le terrain’’, explique Donath Gapira, un paysan éleveur de Nkamira, une localité du nord-ouest du pays.

Gapira estime qu’il est honteux de voir que des arbres continuent d’être clandestinement abattus, encore aujourd’hui, dans ces forêts sous le regard complaisant des autorités locales.

Cette opinion est partagée par Bonaventure Bizumuremyi, directeur de publication du journal Umuco, un bimensuel indépendant paraissant à Kigali.

‘’C’est déplorable de constater que certains officiels ne visent que leurs profits directs alors les populations rurales continuent de croupir dans la misère’’, dénonce Bizumuremyi.

Suite à de cette destruction forestière, les cultures et les champs de la région seront désormais la proie facile de l’érosion des sols, estime Gapira.

‘’Il faut qu’il y ait maintenant des mesures répressives pour arrêter la destruction écologique de cette localité’’, affirme-t-il.

La destruction rapide des forêts de Gishwati est survenue alors que le gouvernement de ce petit pays des Grands Lacs envisageait réduire la déforestation et reboiser au moins 60 pour cent du territoire national.

La forêt rwandaise occupe environ 29 pour cent du territoire national, soit 888.660 hectares sur une superficie nationale de 26.338 kilomètres carrés, selon le ministère de la Terre, de l’Environnement et des Ressources forestières.

‘’Nous avons élaboré une série de mesures répressives pour limiter cette destruction abusive des forêts. Si on ne prenait pas ces mesures, il y avait inévitablement un risque d’aller vers un désastre écologique’’, explique à IPS le ministre Bazivamo.

Le gouvernement rwandais a par exemple décidé de sanctionner par des amendes toute coupe illégale de bois en remplacement des peines d’emprisonnement dérisoires d’une semaine à un mois jugées inefficaces.

Toutefois, un chercheur à l’université du Rwanda, qui requiert l’anonymat, estime que si la politique répressive n’est pas ferme, la lutte ne sera jamais gagnée car le massacre des forêts rwandaises est entretenu par la pauvreté quasi permanente des populations du monde rural. Et tant que cette pauvreté ne disparaît pas, il ne faut pas espérer que le massacre s’arrête, prédit-il. (FIN/2007)

 

 

 

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