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SANTE
''L'abstinence n'est pas la seule voie à emprunter''
Interview avec Rosemarie Muganda-Onyando

WASHINGTON , 30 mai (IPS) - Parmi les activistes et spécialistes de la santé, très peu de programmes d'aide ont été aussi controversés que l'initiative de traitement et de prévention du VIH/SIDA de l'administration de George W. Bush, basée sur l'abstinence, dénommée Plan d'urgence du président pour la réduction du SIDA (PEPFAR).

Rosemarie Muganda-Onyando travaille comme directrice du 'Centre for the Study of Adolescence' (Centre d'étude sur l'adolescence) à Nairobi, au Kenya, et joue dans un nouveau documentaire de neuf minutes réalisé par le groupe 'Population Action International' basé à Washington, intitulé "Abstaining From Reality" (S'abstenir de la réalité).

A travers des entretiens avec des éducateurs en matière de SIDA et une femme séropositive à qui on n'a jamais enseigné l'utilisation adéquate du condom, ''S'abstenir de la réalité'' développe l'argument selon lequel le PEPFAR ignore les réalités de la vie des jeunes gens au Kenya et en Ouganda et insiste sur une politique basée sur l'abstinence qui, en fait, met en danger la vie des personnes pour lesquelles il est conçu pour protéger leur vie. Muganda-Onyando en parle avec IPS dans une interview.

IPS: Comment l'approche du PEPFAR de l'éducation sur le VIH/SIDA diffère-t-elle des programmes en Ouganda et au Kenya durant la fin des années 1990? Lequel a été plus efficace?

Rosemarie Muganda-Onyando (RM): Ce que je sais à partir du travail que je fais au Kenya est que les programmes qui sont plus complets et donnent aux jeunes gens une information plus fiable et détaillée ont un impact beaucoup plus positif sur les prises de décision des jeunes. Lorsque des jeunes ont accès à une information qui est complète et fiable, il y a plus de chance qu'ils retardent en fait leur initiation à l'activité sexuelle et qu'ils fassent des choix responsables. Mais lorsque vous avez des programmes qui insistent sur l'abstinence seule, vous réduisez les options à la disposition des jeunes gens.

Les programmes ne leur disent pas également la vérité. Ils leur disent beaucoup de demi-vérités qui sont très moralisatrices et très critiques. Ils ne marchent pas normalement. Le propre rapport des PEPFAR montre que cette politique d'abstinence seule n'a pas eu un impact beaucoup plus significatif que des choses qui étaient faites auparavant. Au moins, il n'a pas démontré que l'abstinence seule était la voie à suivre.

IPS: L'introduction du PEPFAR correspondait-elle à une augmentation ou à une diminution des taux de VIH/SIDA?

RM: C'est peut-être trop tôt pour le dire. Ce qu'il y a, c'est que le PEPFAR n'est pas basé sur des preuves. Vous n'avez pas des études faites avant et après. Ce que nous savons, c'est que de grandes enquêtes en cours de réalisation ne montrent pas un changement de comportement. Nous remarquons toujours un comportement sexuel chez les gens ayant commencé tôt.

Beaucoup d'activités sexuelles restent non protégées. Vous voyez toujours des taux élevés de grossesses chez les adolescentes. Vous voyez toujours de forts taux d'avortements clandestins. Tout de même, si le PEPFAR travaillait autant que l'affirment ceux qui le préconisent, alors l'une des choses auxquelles nous nous attendrions n'est pas seulement une baisse de la prévalence de VIH, ce qui serait formidable, mais de voir également certains résultats positifs par rapport aux questions comme la grossesse, l'avortement, l'âge de l'initiation sexuelle, des choses du genre.

IPS: Comment enseigne-t-on effectivement à la fois l'abstinence et l'utilisation du condom dans les écoles? Est-il possible d'enseigner les deux?

RM: Au moins au Kenya, nous avons un plan très stratégique pour traiter du VIH et du SIDA. Il parle de A (abstinence), B (fidélité) et C (utilisation du condom). Même si vous ne pouvez pas distribuer des condoms à l'école, vous pouvez parler d'abstinence, vous pouvez parler de fidélité et vous pouvez également parler de l'utilisation du condom parce qu'il faut que les jeunes sachent que vous ne faites pas cela pour qu'ils puissent aller se procurer des condoms pour les utiliser. Mais il faut que les jeunes gens aient cette information tôt pour que lorsqu'ils feront cette transition vers l'âge adulte, ils sachent quoi faire lorsqu'ils décideront en fin de compte d'avoir des relations sexuelles et au moment où ils seront assez grands pour cela. Vous voyez ce que fait la politique du PEPFAR, basée sur l'abstinence seule, est de préconiser cela comme l'unique option. Pourtant, ce n'est pas la seule option. Donner l'information aux jeunes ne signifie pas qu'ils vont sortir pour avoir des rapports sexuels avec n'importe qui.

IPS: Dr Mark Dybul, le coordonnateur mondial du SIDA au département d'Etat, a déclaré plus tôt ce mois que ''Le gouvernement américain s'oppose à la prostitution et au trafic sexuel parce qu'ils propagent le VIH et humilient les femmes, néanmoins nous soutenons plusieurs programmes qui travaillent avec des personnes engagées dans la prostitution'', et que les Etats-Unis sont de loin le plus grand fournisseur de condoms au monde. Cette déclaration est-elle inexacte?

RM: Une chose que je sais, pour commencer avec la dernière partie, est que les Etats-Unis mettent de l'argent dans l'achat de condoms, mais nous savons que beaucoup d'argent ne va pas dans l'acquisition des articles de planning familial [tels que] les contraceptifs, y compris les condoms. Lorsqu'il s'agit de ces programmes protégeant les femmes, puisque c'est ce qu'implique cette déclaration, le fait est que vous avez un programme qui dit que vous devriez vous abstenir jusqu'au mariage et lorsque vous êtes marié, vous devriez rester fidèle à votre mari, dans un contexte où nombre de femmes ne sont pas indépendantes.

Elles dépendent beaucoup des hommes. Elles sont économiquement dépendantes et n'arrivent pas à contrôler leurs propres destinées. Vous exposez les femmes lorsque vous dites à une femme africaine qui n'a pas d'emploi et qui vit dans un contexte culturel parmi des hommes où la promiscuité n'est pas mal vue ou comme une belle affaire ou dans une relation qui est polygame où son mari a plusieurs partenaires sexuels, qu'est-ce vous dites à cette femme? Etes-vous en train d'épargner la vie de cette femme en lui demandant de rester fidèle et en ne mettant pas à sa disposition les services et l'information qui lui permettraient de se protéger elle-même? Comment les Etats-Unis protègent-ils alors les femmes?

IPS: Des législateurs démocrates proposent d'allouer 30 milliards de dollars pendant cinq ans au PEPFAR -- deux fois le financement autorisé initialement. Mais qu'en est-il de la levée de certaines des restrictions, comme la ''promesse anti-prostitution?'' Avez-vous connaissance d'un soutien en faveur de cela?

RM: Le PEPFAR en lui-même est une bonne initiative puisqu'il a mis à disposition d'énormes quantités d'argent pour le traitement et les soins. Je ne pense pas qu'une quelconque autre initiative ait pu faire cela ou pourrait jamais avoir la capacité de le faire. Par rapport à cela, il n'y a pas de problème. A vrai dire, les gens en bénéficient. En tant que femme africaine, je dois dire que je suis vraiment heureuse que ce programme existe. Le gros problème, ce sont ces restrictions puisque cela exclut certaines personnes qui ont le plus besoin de ces services. Par conséquent, s'il était possible de faire lever ces restrictions, ce serait bien.

Cela signifierait que le PEPFAR aurait un impact beaucoup plus grand qu'il n'en a actuellement. Au lieu d'attendre simplement que les gens tombent malades pour pouvoir les traiter en utilisant les fonds du PEPFAR, cela signifierait que nous pourrions empêcher, à long terme, l'infection. Tout le monde dans ce secteur sait que le traitement n'est pas durable si les taux d'infection restent à ce niveau. Même s'ils devaient baisser un peu, il serait toujours impossible de poursuivre le traitement. Même si nous traitons des gens qui sont déjà infectés, notre insistance devrait être beaucoup plus sur la prévention, en particulier en mettant les jeunes et les femmes à l'abri.

Il est important de commencer par parler et par agir maintenant parce que si ces restrictions pouvaient être levées, on pourrait ne plus avoir besoin d'argent supplémentaire. Des fonds supplémentaires seraient utiles, mais même l'argent qui est là maintenant, s'il peut être bien utilisé, si les restrictions pouvaient être levées, pourrait toujours avoir un impact beaucoup plus positif qu'il n'a en a actuellement. (FIN/2007)

 

 

 

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