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Q&R
"Depuis les premières alertes sur la désertification…on aurait pu faire plus"
Interview avec Henri Girard

COTONOU, 30 mai (IPS) - Dans cette interview accordée à Michée Boko de IPS, Henri Girard, un technicien agricole d’origine française, parle d’une heureuse coopération entre une association du Sud, l’Association Zoramb Naagtaba (AZN), et une association du Nord, Terre Verte, pour mener la lutte contre la désertification.

Henri Girard est installé au Burkina Faso depuis 20 ans. Il travaille comme coordonnateur du réseau AZN/Terre Verte.

AZN (les amis associés en langue Mossi) est une organisation paysanne du Burkina Faso dont les membres travaillent ensemble pour récupérer des terres dégradées, avec le souci d'intégrer toutes les composantes du développement rural. Terre verte est une association française créée simultanément à l’AZN pour être son relai européen dans la recherche de partenaires techniques et financiers.

IPS: Parlez-nous de cette relation entre une association du Nord et une association du Sud…

Henri Girard (HG): Il s’agit d’un partenariat qui s'inscrit dans la durée, basé sur la confiance et la transparence, où chacun bénéficie d’une grande liberté d’initiative. Terre Verte a pour but de fédérer les partenaires de l’AZN et de faciliter la communication entre eux.

IPS: Vous vous occupez, entre autres, de lutte contre la désertification et de récupération des terres. Parlez-nous brièvement des techniques que vous utilisez.

HG: La première des techniques est celle de l’aménagement du cadre environnemental de l’agriculture sahélienne. Il s’agit de redessiner le paysage pour qu’il ne soit plus détruit par l’érosion, le feu et la dent du bétail. Cela se fait concrètement au sein de périmètres bocagers que nous appelons ‘’Wégoubri’’ en langue Mooré, et où tout est fait pour retenir l'eau de pluie, réduire le dessèchement et enrichir les sols. Une fois le périmètre aménagé, les agriculteurs bénéficient d’un cadre où ils peuvent s’investir dans de nouvelles techniques agro-Sylvio-pastorales telles que la rotation culturale, la haie vive, le pâturage rationnel et le zaï.

IPS: C’est quoi le zaï ?

HG: Le Zaï est une technique traditionnelle de culture des céréales, originaire du nord-ouest du Burkina Faso (Yatenga). Il s'agit d'une technique consistant à concentrer l'eau et les nutriments autour de la plante cultivée. Cette technique permet de garantir l’implantation précoce des cultures qui profiteront pleinement de la mousson et résisteront aux poches de sécheresse. Le zaï permet de récupérer une terre dégradée tout en tirant une bonne récolte dés la première année. C'est aussi une assurance de récolter de quoi vivre, quels que soient les aléas climatiques. Nous avons eu en 2001 de bons résultats avec une pluviométrie de 428 millimètres! L’AZN développe cette technique dans la région de Guié. Un concours agricole du plus beau champ zaï est organisé chaque année, en octobre, entre les agriculteurs des huit villages de l'AZN.

IPS: Les populations réagissent-elles positivement à votre aide?

HG: Cela dépend des villages. Certains en refusent d’emblée l’idée, d’autres s’y intéressent mais n’arrivent pas à s’entendre sur la redistribution des terres; enfin, quelques villages y croient fermement et s’engagent dans l’aménagement de périmètres de plus de 100 hectares.

IPS: Recevez-vous un quelconque appui des autorités burkinabé?

HG: Les services techniques de l’État apprécient positivement nos démarches mais il n’y a pas de véritable projet commun. L’État burkinabé se consacre à créer un cadre légal permettant au monde rural de progresser, c’est son premier rôle. On ne doit pas tout attendre de l’Etat. S’il a donné le cadre favorable, les individus et les communautés locales doivent s’engager.

IPS: Pensez-vous que l’Afrique fait déjà ce qu’il faut pour faire face à la désertification?

HG: Non. Depuis les premières alertes sur la désertification en 1968 et 1973, avec les connaissances et les moyens dont dispose l'humanité, on aurait pu faire plus et mieux.

IPS: Au Burkina Faso où vous vivez, peut-on dire sans se tromper que les résultats de la lutte contre la désertification sont encourageants?

HG: Des initiatives sont semées en grand nombre, mais le grand défi qui est devant nous, c’est de les diffuser avec ampleur sur tout le territoire. Ce n’est pas quelques bosquets symboliques qui feront avancer la forêt! Mais, c’est surtout à ceux qui observent le Sahel à partir des satellites qu’il faudrait poser la question: voient-ils un retour du couvert végétal?

IPS: Quelles sont, à votre avis, les insuffisances de la lutte contre la désertification en Afrique?

HG: De notre expérience, il ressort que les techniques sont là mais il manque une adhésion massive de la société et l’engagement de chacun pour que les choses avancent.

IPS: L’espoir est-il permis, malgré tout?

HG: Oui, le Sahel est une région pleine de richesses environnementales inexploitées, mais il ne faut pas tarder à agir car le Sahel est en première ligne face à l’immense Sahara et face aux changements climatiques. (FIN/2007)

 

 

 

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