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ENVIRONNEMENT-BENIN
"La culture du coton favorise la dégradation des sols"
Michée Boko

COTONOU, 31 déc (IPS) - Armande Zanou-Aivodji est le point focal de la lutte contre la désertification au ministère béninois de l’Environnement et de la Protection de la Nature à Cotonou. Dans cette interview accordée à IPS, elle fait le point de la lutte contre la désertification au Bénin et situe le rôle de la culture du coton dans la dégradation des sols au Bénin.

IPS: Le Bénin a-t-il déjà des problèmes de désertification?

Armande Zanou (AZ): Le Bénin n’a pas encore de problème de désertification si on s’en tient à la définition de la désertification. Mais dans le contexte de la convention qui définit la désertification, entre autres, comme la dégradation des sols, on peut dire que le Bénin subit déjà les affres de la désertification, surtout dans sa partie septentrionale et aussi dans quelques zones de la région du Sud.

IPS : Quelles sont les régions du Bénin concernées par la désertification?

AZ: Les régions qui sont concernées par la désertification se situent aussi bien dans le Nord que dans le Sud, mais les régions du Nord sont plus touchées que celles du Sud, notamment les départements du Borgou et de l’Atacora, surtout les localités comme Ouaké, Karimama et Kalalé. Néanmoins, il y a des zones du Sud où la désertification est également avancée comme Djidja, Savalou.

IPS: Quel pourcentage du territoire béninois est affecté par la désertification?

AZ: On estime que plus de 50 pour cent des terres béninoises sont affectées par la désertification.

IPS: Est-ce que l’agriculture est encore possible dans les régions affectées ? Y a-t-il encore des paysans qui cultivent ces terres?

AZ: Oui, il y encore des paysans qui continuent de mener des activités agricoles dans ces zones, mais cela se ressent au niveau des rendements.

IPS: Pouvez-vous mieux expliquez…

AZ: Cela veut dire que les rendements ne sont plus ce qu’ils étaient il y a 20 ans. Dans les zones du Nord, les gens s’adonnent à la culture du coton, à la culture des tubercules qui dégradent beaucoup les sols.

IPS: La désertification au Bénin est-elle déjà à une étape préoccupante?

AZ: Comparé aux pays sahéliens tels que le Burkina, le Tchad et consorts, on peut dire que le cas du Bénin n’est pas préoccupant. Mais si on ne prends pas des dispositions nécessaires pour mener déjà des actions de prévention, le Bénin peut bien se retrouver dans le cas des pays sahéliens comme le Burkina Faso parce que le vert au Nord du Bénin est déjà très entamé avec la transhumance et les aléas climatiques que nous vivons aujourd’hui.

IPS: Dans combien d’années à peu près le seuil critique sera-t-il atteint si rien n’est fait?

AZ: Ce seuil critique sera atteint d’ici 15 à 20 ans au regard de ce qu’on vit déjà dans le Nord du Bénin. Avec la démographie galopante, les aléas climatiques et les méthodes culturales non appropriées, on peut craindre que le phénomène s’accentue dans les années à venir…

IPS: Au point où on ne pourra plus faire aucune culture sur ces terres?

AZ: Cela peut bien arriver. Ce qui aggrave la chose, c’est la culture du coton. Le coton dégrade le sol.

IPS: Or, au Nord du Bénin, ils ne font que le coton…

AZ: Ils ne font que le coton!

IPS: Expliquez-nous un peu comment la culture du coton favorise la dégradation des sols…

AZ: Ce sont les pesticides -- produits chimiques -- utilisés pour protéger le coton qui détruisent les éléments nutritifs du sol. Autre cause de la désertification, les agriculteurs disent que la culture du coton a besoin de soleil. Ils détruisent donc les arbres qui sont dans les alentours de leurs champs pour permettre au coton de bénéficier des rayons solaires et bien se développer.

IPS: Il ne devrait donc pas avoir d’arbres dans les champs de coton?

AZ: Non, ils disent que les arbres empêchent le coton de bien se développer. Mais, ce que je sais en tant que géographe, c’est l’utilisation des polluants organiques persistants (POP), c'est-à-dire tous les produits chimiques dont ont besoin ces agriculteurs pour le traitement du coton, qui contribuent à dégrader le sol. Donc, au même moment où ils recherchent de meilleurs rendements à la fin de la saison, ils contribuent à dégrader l’environnement. Il y a donc un choix à faire.

IPS: Voulez-vous donc dire qu’avec le temps, les sols ne donneront plus rien du tout?

AZ: Les paysans eux-mêmes le savent déjà. Lorsqu’ils sont interrogés, ils disent que les sols ne donnent plus de bons rendements. Ils sont donc obligés de sur doser les produits chimiques pour continuer à avoir de bons rendements. Cela veut dire qu’ils dégradent de plus en plus les sols. Et ils en sont conscients. Ils font des analyses entre eux et disent qu’il y a dix ans, il y a 20 ans, ce n’était pas ainsi. A la question de savoir pourquoi ils continuent alors, ils répondent qu’ils n’ont pas le choix. Ils vivent du coton. C’est donc au gouvernement béninois d’opérer un choix responsable.

IPS: Faudra-t-il alors leur interdire la culture du coton?

AZ: On ne peut pas leur interdire la culture du coton étant donné que le coton représente un poids dans l’économie du Bénin. On ne peut que leur donner des conseils de préservation de l’environnement et les aider à suivre les conseils afin que nous n’arrivions pas là. Les collègues du ministère de l’Agriculture ont commencé par leur expliquer que le coton seul n’est pas porteur.

IPS: Si on devait interdire certaines cultures qui appauvrissent le sol comme le coton, existe-t-il des cultures de substitution?

AZ: Bien sûr, il existe des produits de substitution que les collègues du ministère de l’Agriculture s’emploient déjà à leur montrer comme l’anacarde, le karité, etc. J’ai vu au Burkina Faso la gomme arabique qui rapporte autant que le coton. Les Burkinabé en sont conscients et ils cherchent maintenant des voies et moyens pour laisser progressivement la culture du coton et l’abandonner peut-être par la suite.

IPS: Est-ce qu’on peut dire qu’il y a conscience à tous les niveaux pour que la lutte contre la désertification soit menée avec succès?

AZ: Oui, il y a conscience à tous les niveaux. Les populations qui vivent les effets de la désertification en sont conscientes. Ce sont des acteurs déterminés qui travaillent en collaboration avec les structures étatiques. Le gouvernement aussi en est conscient puisque l’attention du président Boni Yayi a été attirée sur le phénomène. Il disait il y a peu de temps qu’il faut préserver l’environnement. Il en est donc conscient. Il sait qu’il faut mener des actions ardues pour prévenir la désertification. (FIN/2006)

 

 

 

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