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SANTE
Des experts s'opposent à la guerre chimique contre le paludisme
Zoltán Dujisin

BUDAPEST , 3 oct (IPS) - Une coalition de spécialistes de la santé a organisé une manifestation parallèle au Forum intergouvernemental sur la sécurité chimique, exprimant des craintes au sujet d'un récent revirement de politique opéré par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui appelle à la lutte contre le paludisme en pulvérisant le DDT, une substance chimique controversée.

La conférence, qui s'est déroulée à Budapest en Hongrie, a réuni des représentants des institutions gouvernementales, des groupes industriels, des associations scientifiques et des organisations non gouvernementales en vue d'obtenir un consensus sur des questions de sécurité chimique mondiale.

La cinquième session de cette conférence de cinq jours, qui a pris fin le 29 septembre, s'est focalisée sur la sécurité chimique pour un développement durable.

Des participants à la conférence du Forum intergouvernemental sur la sécurité chimique (IFCS), qui ont organisé la manifestation, ont mis en lumière les effets nuisibles du DDT sur la santé de l'homme, comme les troubles de la reproduction, les effets neurologiques, la réduction de la production du lait maternel et une augmentation du risque du cancer du sein.

La controverse a été déclenchée par une récente déclaration de l'OMS faisant la promotion d'un usage généralisé de l'insecticide, connu pour ses dangers aussi bien pour les hommes que pour l'environnement, dans les efforts faits dans le monde pour éradiquer le paludisme.

La décision revient sur une politique adoptée par l'OMS depuis 30 ans et est contraire à la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, qui visait à éliminer graduellement le DDT, encore utilisé dans une douzaine de pays africains comme un moyen de lutte contre le paludisme.

La coalition d'experts a également demandé une enquête approfondie du processus interne qui a poussé au changement de politique de l'OMS.

''L'OMS est en train d'être politisée par la politique de la droite américaine'', a déclaré, au cours de la manifestation, Paul Saoke, directeur exécutif de 'Médecins pour une responsabilité sociale', basé au Kenya.

''Nous pensons que les industries sont derrière cela'', a ajouté Romeo Quijano, président du Réseau d'action contre les pesticides aux Philippines. ''Si c'est vrai, cela démontre le triomphe de la cupidité sur la santé''.

L'OMS et d'autres partisans du DDT affirment que le produit chimique ne comporte aucun risque lorsqu'il est utilisé à l'intérieur des maisons avec le soin requis pour éviter sa fuite dans l'environnement. Ces affirmations ont donné lieu à une large controverse au sein de la communauté scientifique.

''Même de très petites quantités ont un effet défavorable sur la santé de l'homme'', a indiqué Quijano à IPS. ''Des preuves scientifiques montrent que le DDT peut se propager sur de longues distances. Il y a eu un consensus sur cela, mais maintenant, ils sont en train de déformer la réalité''.

''Cela va créer d'énormes dégâts, en particulier sur la génération à venir, et ceci n'est toujours pas quantifié'', a prévenu Quijano.

La coalition a également affirmé que le DDT destiné à la santé publique est souvent employé dans l'agriculture, entraînant non seulement des risques sanitaires, mais également une résistance accrue de la part des moustiques. ''Nous nous attendons à ce que cela arrive encore'', a ajouté Quijano.

Les partisans du DDT soutiennent que c'est la seule méthode rentable de lutte contre le paludisme, notant que dans certains pays africains, la maladie est responsable du ralentissement de leur croissance économique.

Mais beaucoup restent sceptiques à l'égard des préoccupations de certains économistes sur le paludisme.

''Ils n'ont nullement l'intention de réduire la pauvreté. Leur objectif est de créer des conditions de marché pour maximiser le profit, même s'il s'agit de paludisme'', a affirmé Dr Saoke à IPS.

''Les partisans du DDT ne reconnaîtront pas que le paludisme est un problème de sous-développement, en particulier en Afrique. Ils pensent que c'est comme un combat contre le feu, mais le DDT n'est pas une balle en argent''.

Au lieu de cela, Saoke et ses collègues experts recommandent des approches adaptables et basées sur la communauté, en réunissant des mesures comme le nettoyage des sites de reproduction des moustiques, un contrôle chimique modéré, une éducation en matière de santé publique, et un traitement rapide.

''Au Kenya, de simples mesures d'hygiène publique, comme le nettoyage des maisons, ont réussi à réduire l'incidence du paludisme à moins de trois pour cent dans une région endémique''.

Saoke a ajouté que le système international de régulation des produits chimiques était actuellement sapé par des efforts menés par les Etats-Unis au cours de la conférence.

''Je ne suis pas satisfait de cette conférence. Les Etats-Unis, soutenus par le Japon et le Canada, maintiennent une attitude très négative et tentent d'amener d'autres à les rejoindre''.

''Les pressions pour continuer l'utilisation du DDT viennent de l'extérieur'', a ajouté Saoke, ''des industries, des gouvernements étrangers, et un sérieux mouvement souterrain décidé à saper la législation internationale sur les produits chimiques''.

Quijano partage ce point de vue. ''Ceux qui ont des intérêts économiques, qui ont profité de la vente des produits chimiques toxiques, et ceux qui sont très hostiles à partager les charges de solutions acceptables pour toutes les personnes concernées, sont derrière tout ceci'', a-t-il indiqué.

''Ils veulent revenir sur les principaux accords internationaux relatifs à l'environnement, qui sont préjudiciables à leurs profits'', a affirmé Quijano à IPS. ''Nous voulions trouver des solutions communes, mais ils veulent même détruire le processus d'un forum de parties prenantes comme cette conférence''.

Quijano craint que la communauté internationale ne fasse pression pour une solution chimique à une maladie qui découle en fait de la pauvreté. ''L'approche devrait être globale. Ce n'est pas l'utilisation chimique qui est la principale composante de la lutte contre le paludisme''.

Le paludisme et les maladies y afférentes sont responsables d'un million de décès par an, dont 90 pour cent en Afrique.

L'OMS affirme que la pulvérisation des produits chimiques reprendra un rôle majeur dans la lutte contre le paludisme, et soutient que les preuves scientifiques appuient le point de vue selon lequel la pulvérisation intérieure n'affecte pas négativement la santé humaine lorsqu'elle est faite convenablement.

Parallèlement, l'OMS demande une vaste utilisation des moustiquaires imprégnées et une amélioration du traitement par des médicaments pour accompagner la campagne basée principalement sur le DDT.

Le changement de politique est également basé sur de nouvelles possibilités financières, avec une large part de responsabilité venant d'un nouvel engagement de 1,2 milliard de dollars pris par le gouvernement des Etats-Unis.

''Finalement, avec beaucoup d'argent disponible pour combattre le paludisme, il est plus impératif que jamais que l'OMS donne une bonne orientation technique et une assistance au programme pour garantir une utilisation opportune et efficace de ces ressources'', a indiqué dans une déclaration officielle, Dr Arata Kochi, directeur de l'OMS, chargé du Programme du paludisme dans le monde. (FIN/2006)

 

 

 

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